l'Unité de Soins et d'Information sur les Drogues du Centre Hospitalier de Douai
Jeudi 30 septembre 2010
à la Faculté de Droit de Douai
Programme
"Tabagisme et sevrage tabagique : différences homme-femme",Yvan Berlin, Maître de conférence, PH, Groupe Hospitalier Universitaire Pitié-Salpêtrière
"Le sexe, une addiction au genre ?",Nathalie Rubel, Professeur de philosophie, lycée Corot, Douai
"Changement de rôle et consommation de psychotropes : les usagères de drogues face au travail du genre", Anne Coppel, Sociologue, Présidente d'honneur de l'A.F.R.
"Addictions et perspective genre : de la recherche à la mise en place d'outils concrets. L'exemple suisse",Viviane Prats, Présidente du G.R.E.A., Professeure à la H.E.T.S.S., Lausanne
"L'alcoolisme comme échec des fonctions symboliques qui régissent la reproduction sexuée",Gérard Haddad, Psychiatre, Psychanalyste
"Réflexions d'un psychanalyste sur la question des genres et de la différence sexuelle",Olivier Douville, psychanalyste, Université Paris 7
Plus de renseignements sur le site internet de l'Unité de Recherches et de Formation sur les Drogues : http://urfd.net
Bulletin d'inscription
Nom, prénom :
Adresse :
Courriel :
Fonction :
r Formation permanente (avec une convention, N° FPC : 31 59 03 97 9 59) : 60 €
r Inscription individuelle avant le 01/09/10 : 30 €, après le 01/09/10 : 40 €
r Personnel du C.H. de Douai, IFSI Douai
Ce bulletin d'inscription, accompagné de son paiement (chèque à l'ordre de l'URFD), est à adresser au
Secrétariat des dixièmes rencontres de l'USID
361 rue du Canteleu, 59500, Douai – Téléphone : 03.27.97.67.94 – Fax : 03.27.98.01.71
L'appel des scientifiques pour faire cesser la "guerre à la drogue"
17.07.10 |
L'appel fera date dans l'histoire des politiques publiques en matière de drogues. Lancé fin juin, à la veille de la Conférence mondiale sur le sida qui s'est ouverte à Vienne, dimanche 18 juillet, soutenu par les principaux centres de recherche et de lutte contre le sida, il est signé par Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine et codécouvreuse du virus VIH, par Brigitte Schmied, présidente de la Société internationale sur le sida, par Fernando Henrique Cardoso, ancien président du Brésil, et par bien d'autres personnalités.
La "déclaration de Vienne" réclame avec force que soit reconsidérée l'approche répressive de la politique mondiale sur la drogue, qui concourt de manière dramatique à la propagation du virus du sida.
"La criminalisation des utilisateurs de drogues illicites alimente l'épidémie de VIH et a eu des retombées essentiellement négatives sur la santé et la société. Nous avons besoin d'une réorientation complète des politiques", affirme ce texte, intitulé "Déclaration de Vienne".
Demandant que l'on reconnaisse "les limites et les préjudices de la prohibition des drogues", il appelle à une réforme de la "guerre contre la drogue" qui permette "d'éliminer les obstacles à la mise en place de régimes efficaces de prévention, de traitement et de soins du VIH".
UNE CONTAMINATION SUR TROIS
Depuis des années, les preuves s'accumulent pour montrer que les efforts d'application de la loi sur les stupéfiants n'ont pas réussi à enrayer la consommation de drogues illicites. Le nombre de pays dans lesquels se pratique l'injection de drogues illégales est à la hausse, et les femmes et les enfants sont de plus en plus touchés.
Plus la politique contre les usagers est répressive, plus elle contribue à la propagation du VIH : au lieu de se soigner, les toxicomanes vivent leur dépendance le plus discrètement possible, s'échangent les seringues, et ne bénéficient souvent d'aucun service. Hors de l'Afrique subsaharienne, une contamination sur trois, actuellement, est ainsi liée à l'injection de drogue.
Et il s'agit du premier facteur de contamination en Asie centrale et en Europe de l'Est, seules régions où l'épidémie progresse.
"Les personnes droguées ont le droit d'avoir des traitements pour prévenir les infections, et des antirétroviraux s'ils vivent avec le VIH", s'indigne Brigitte Schmied. Les signataires de la Déclaration de Vienne demandent des mesures d'urgence visant à faire en sorte que les Nations unies "s'expriment d'une seule voix pour appuyer la décriminalisation des utilisateurs de drogues et l'adoption de stratégies de lutte antidrogue basées sur des données probantes".
Emprises. Drogues, errance, prison : figures d'une expérience totale
Fabrice Fernandez
Éditeur : Larcier
384 pages / 52,25 €
Résumé : Le sociologue Fabrice Fernandez publie sa thèse après avoir travaillé et enquêté dix années dans le monde de la drogue. Il étudie les rapports étroits entre la drogue, l’errance urbaine et la prison.
Le sociologue Fabrice Fernandez publie sa thèse à laquelle il aura travaillé près de dix ans. Dans sa recherche ethnographique, il étudie l’imbrication de divers problèmes sociaux et sanitaires : santé publique et individuelle, précarité et errance, contrôles sociaux et enfermement. S’intéressant aux interactions en jeu dans le monde de la drogue, il a travaillé sur tous les terrains impliqués : celui des usagers, des associations de prévention des risques sanitaires, des institutions, hôpitaux et prisons. L’apport sans précédent de son travail, relativement aux études concernant le terrain toxicomaniaque, tient à sa méthode inductive (partir des faits pour en tirer les principes d’action), seule capable de "saisir le sens endogène des pratiques à risques" 1.
Emprise de la drogue : entre errance et prison
"Comment les drogues exercent-elles leur emprise ?" 2. Cette première question que pose le chercheur marque la perspective choisie : en effet, pour y répondre Fernandez s’est immergé dans les "mondes de la grande marginalité urbaine : trottoirs, squats, shootoirs, lieux de deals ou de défonce, associations de préventions, hôpitaux et maisons d’arrêt" 3. C’est donc à partir des récits des parcours entre errance et prison des consommateurs de drogues qu’il a rencontrés et dont il a recueilli les témoignages qu’il tente de comprendre ce qu’est l’expérience totale entre expérience carcérale et expérience toxicomaniaque. L’entreprise de cette recherche devient alors presque celle de rendre intelligibles les lignes biographiques de ces vies marquées par les ruptures (des liens familiaux, sociaux, dans les rythmes de la consommation si incarcération, etc.), la dépendance à la drogue marquant une rupture biographique 4 cruciale puisqu’il ne s’agit plus à ce moment de rechercher le plaisir dans la défonce mais d’enrayer la souffrance qui survient avec le manque.
"Ce livre rend compte du circuit en vase clos de l’errance à la prison de celles et ceux, fugueurs, sans papiers, sortants de prison, travailleurs au noir, 'petits dealers', voleurs, mendiants ou prostitué(e)s qui basculant souvent du rôle de simples consommateurs à celui de vendeurs, rabatteurs, guetteurs, coursiers ou modous5, vivent et parfois survivent dans l’économie souterraine" et "ce livre interroge la capacité d’action de ces êtres sous influence soumis à des mécanismes de domination particulièrement prégnants".
La fonction narrative : récit de soi et réappropriation de soi
En donnant la parole à ces "individus par défaut" 6, le chercheur les rend acteurs de l’étude et non objets de l’étude 7. Sa démarche visant à faire émerger un récit de soi, d’autant plus difficile que ses interlocuteurs ont fait, ou font encore, l’expérience de la perte de soi, ont une image dégradée de soi. Reprenant la notion d’ "expérience totale" forgée par Robert Castel qui désigne un "mode de vie exclusivement organisé autour d’une seule finalité" 8, Fernandez la développe sous le prisme de l’instant où "la came devient à la fois le problème et la solution" 9, où le corps lui-même est pénétré, envahi par le rapport douleur/plaisir. L’ "expérience totale" peut être présentée autant comme "une expérience intime, un jardin secret qui fascine, engendre de la peur et suscite un sentiment de honte" 10 que comme la "dernière frontière morale faisant basculer dans un monde totalement vide de sens. Ceux qui l’ont approché ont eu l’impression de se mettre entièrement au service de la drogue et gardent un sentiment de dégoût d’eux-mêmes" 11.
Sans tomber dans "l’illusion biographique" pointée par Bourdieu, le sociologue sonde les temporalités internes aux parcours des usagers de drogues profondément marqués par le Kairos, la temporalité de l’occasion 12. Il souligne l’importance de la "première intraveineuse". Rite opéré à deux, un initiateur et un initié, c’est un moment-passage où se jouent la confiance et la prise de risque, autour de la figure particulière de la seringue, compagne fétiche et tabou : "s’injecter consiste à modifier la perception de soi en violentant son corps" 13. Il analyse l’articulation entre passage en prison ou en institution de soins et évolution de la consommation (pause, arrêt, parfois permettant la survie, alternance ou littéralement fuite en avant dans la consommation de médicaments de substitution) : "l’interdépendance entre l’extérieur et l’intérieur de la prison [constitue] une clef permettant de saisir les échecs ou les réussites de la réinsertion des détenus" 14. Il présente une typologie des comportements des détenus selon les logiques de participation ou de refus au monde pénitentiaire : bifurcation (les détenus qui "rompent radicalement avec leur vie à l’extérieur"), confrontation (ceux qui "vivent l’arrestation et l’incarcération comme une catastrophe personnelle", le choc de la confrontation peut les mener à tenter de se suicider), coordination (celui pour qui "la taule est un risque à courir"), conjonction (ceux pour qui "l’arrestation et l’incarcération sont […] comme une délivrance […], une échappatoire au regard d’une situation perçue comme sans issue"). Sur ce schéma s’intègrent quatre logiques de consommation qui permettent de "tenir le coup" : récréative, autocontrôlée, anesthésique, économico-compulsive 15.
La santé mentale : mode de gestion politique de l’exclusion
Il ressort de son analyse de la "détention sous psychotropes" (suivant le titre de son chapitre 7, chapitre-phare de son travail) 16, un échec certain et des politiques de santé en prison et des processus de réinsertion, dû, certes, à "la complexité de la prise en charge des détenus toxicomanes combinant des problématiques multiples (sida, hépatite, addiction, polyconsommation, etc.)" 17.
Fabrice Fernandez fait ainsi le constat de la pathologisation croissante de la toxicomanie et de la criminalisation de la consommation de drogues qui implique une gestion judiciaire et pénitentiaire de ces usagers se retrouvant en prison, lieu inadapté à leur prise en charge. L’usage de la drogue reste donc une question sociale, qui révèle l’emprise de la société sur la liberté individuelle : "L’expérience totale liée à l’usage de drogues renvoie à une question centrale de toute société démocratique : celle de l’articulation du lien social et de la liberté individuelle" 18.
Un travail considérable
Le travail considérable de Fabrice Fernandez aborde de nombreuses questions dans la compréhension de la perception des risques en matière de santé. En prenant en compte les parcours individuels et la difficulté de trouver ou retrouver un accès à l’histoire de soi par-delà les injonctions sociales à la responsabilité et à l’indépendance (c’est-à-dire à une forme vertueuse d’émancipation personnelle), il souligne le caractère si ce n’est incompétent du moins inadapté des dispositifs sanitaires et judiciaires mis en place dans ce traitement médico-pénal de ces déviances. Il est à souhaiter que son livre figure sur les tables de travail des responsables politiques et passionne tout lecteur s’intéressant à la question.
rédacteur : Sophie BURDET, Critique à nonfiction.fr Illustration : flickr.com / Dana Gonzales
Notes : 1 - Fabrice Fernandez, Emprises. Drogues, errance, prison : figures d’une expérience totale, Editions Larcier, collection "Crimen", 2010, p.147 2 - Ibid., p.15 3 - Ibid., p.21 4 - Cf. Ibid., p.100 5 - Ibid., p.15-16. "modous" : terme tiré du Wolof qui désigne les dealers à la sauvette 6 - selon l’expression de Robert Castel 7 - Cf. Ibid., p.23 8 - Ibid., p.35 9 - Ibid., p.123 10 - Ibid., p.144 11 - Ibid., p.122 12 - Cf. Ibid., p.135 13 - Ibid., p.78 14 - Ibid., p.184 15 - voir le chapitre 6 "Prison et dédoublement", p.188-189 16 - Ibid., p.203 et sqq. 17 - Ibid., p.206 18 - Ibid., p.319
Titre du livre : Emprises. Drogues, errance, prison : figures d'une expérience totale Auteur : Fabrice Fernandez Éditeur : Larcier Collection : Crimen Date de publication : 14/01/10 N° ISBN : 978-2804438043
ors de la 21e conférence mondiale sur la réduction des
risques liés à la consommation de drogues, la plupart des experts ont
souligné l'urgence d'une dépénalisation de leur usage. En France, au
même moment, Brice Hortefeux réitérait sa volonté de « faire la guerre »
aux trafics de drogue dans les cités. Le nombre d'interpellations pour
usage simple, liées dans 90 % des cas au cannabis, a quasiment triplé
depuis les années 1990.
Quarante ans après l'adoption de la
loi de 1970 pénalisant l'usage de drogues en France, le cannabis est en
effet devenu un produit de consommation courante, et se trouve au centre
d'un commerce générant un chiffre d'affaires d'environ un milliard et
demi d'euros par an.
Pourtant, estime le sociologue Michel
Kokoreff, « tout se passe aujourd'hui comme si, en France en
particulier, le débat public et politique sur les drogues était devenu
impossible ». Face à ce constat, l'ambition de l'ouvrage est « de donner
à voir et d'analyser les mécanismes sous-jacents à la diffusion des
pratiques sociales des drogues dans un contexte marqué plus que jamais
par l'idéologie sécuritaire et le modèle médical hégémoniques ».
La
drogue est-elle un problème ? est composé de cinq textes publiés entre
2001 et 2005 dans des ouvrages collectifs ou des revues peu accessibles,
enrichis d'une introduction et d'une conclusion inédites qui
constituent un tiers de l'ensemble. Si Michel Kokoreff se propose
d'analyser la dynamique des relations entre les « trois pôles » du
domaine étudié : usages, trafics et politiques, les textes traitent peu
des usages en tant que tels.
« Goût de la transgression »
En
revanche, une large part est faite aux trafics : analyse sociologique
des « cheminements » qui mènent à la « carrière » de dealer à travers
l'étude des effets de génération et de territoire, étude des formes
sociales de trafic à l'échelon international. Un phénomène en constante
évolution, marqué par une généralisation des filières combinant
plusieurs produits, comme l'analyse une récente publication de
l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Les
usages de drogues illicites en France depuis 1999, vus au travers du
dispositif TREND.
Surtout, Michel Kokoreff s'est intéressé aux
politiques pénales : mise en perspective de la diversité et des
contradictions de leur mise en oeuvre au niveau local, observation des
audiences pénales comme scène privilégiée des liens entre processus
judiciaire et conduites déviantes, et, pour finir, étude des
contradictions entre modèle prohibitionniste et évolution des
consommations.
Cette prédominance de la question pénale n'est pas
un hasard : car, même si elle le pousse à laisser hors de son champ de
réflexion la grande majorité des simples consommateurs, souvent bien
insérés socialement, l'auteur rappelle que « la logique de
l'interdiction nourrit le goût de la transgression, la prohibition
alimente la clandestinité, la méconnaissance, la multiplication des
risques ».
Ce constat l'amène à aborder les avantages et les
risques d'une éventuelle légalisation de l'usage, car « il est temps de
comprendre que plus l'usage des drogues sera socialisé, moins elles
seront dangereuses ».
S'il apporte peu d'éléments véritablement
neufs, ce livre tombe donc à pic pour alimenter le récent « frémissement
» de débat repéré par son auteur, débat portant notamment sur
l'ouverture éventuelle de salles de consommation à moindres risques en
France.
aut-il avoir peur de la méphédrone ? Doit-on interdire cette drogue de synthèse aux effets proches de ceux de l'ecstasy et des amphétamines, dont les risques pour la santé sont encore mal connus ? Après plusieurs décès suspects survenus chez des jeunes gens (pour la plupart consommateurs d'autres drogues), le gouvernement britannique vient de franchir le pas en l'interdisant. Depuis le 16 avril, la méphédrone a désormais le statut de stupéfiant.
Après le Danemark, la Suède, l'Allemagne, la Norvège, la Croatie, l'Estonie et la Roumanie, le Royaume-Uni est le huitième pays européen à prendre une telle mesure depuis décembre 2008. La France, où la consommation reste marginale, pourrait bientôt les imiter. Et le Conseil de l'Europe annoncera dans les semaines à venir s'il demande ou non à ses Etats membres que soit menée une évaluation des risques sur cette drogue de synthèse.
Quasiment inconnue il y a quelques années, la méphédrone (appelée aussi Meow Meow ou M-Cat) est un stimulant de la famille des cathinones, elle-même proche de la famille des phénéthylamines à laquelle appartiennent l'ecstasy et les amphétamines.
"A ce jour, il existe sur cette substance très peu de données dans la littérature scientifique, notamment sur sa toxicité à long terme, son potentiel de dépendance et ses interactions avec d'autres psychotropes", précise Agnès Cadet-Tairou, médecin de santé publique à l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).
Proposée sous forme de poudre, à un prix situé entre 9 et 17 euros le gramme, sur de nombreux sites Internet (dont près de 90 %, jusqu'au mois d'avril, étaient localisés au Royaume-Uni), la méphédrone est en libre circulation en France.
Seuls trois composés de la famille des cathinones sont actuellement classés comme stupéfiants en France - parmi lesquels la cathinone elle-même, produit naturel issu des feuilles du khat (un arbre originaire d'Afrique orientale).
La méphédrone les rejoindra-t-elle bientôt ? A la demande récente de la Commission nationale des stupéfiants et psychotropes, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a réalisé une évaluation en vue de son possible classement sur la liste des stupéfiants et psychotropes. "Dans la mesure où la méphédrone n'est pas utilisée en tant que médicament, cette procédure, si elle aboutit à un avis favorable de la part de la Commission, reviendra de fait à une interdiction", détaille Françoise Bartoli, directrice générale adjointe de l'Afssaps, qui espère voir le dossier bouclé "avant l'été".
Stigmatisée en raison de la forte consommation dont elle a récemment fait l'objet chez les jeunes Britanniques, la méphédrone n'est pas la seule drogue de synthèse d'apparition récente à inquiéter les autorités sanitaires. Dans leur rapport annuel sur les nouvelles drogues circulant sur le marché, publié le 23 avril, l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) et Europol soulignent que celles-ci ont atteint, en 2009, un "chiffre record".
24 nouvelles substances psychoactives ont été officiellement notifiées pour la première fois aux deux agences, soit presque le double des substances notifiées en 2008 (13 au total). Toutes étaient des composés de synthèse. Parmi eux : 4 cathinones qui viennent ainsi élargir l'éventail des substances apparentées de près ou de loin à la méphédrone.
"Dans les fêtes techno et dans les soirées privées, ces substances sont le plus souvent présentées par les revendeurs comme de l'ecstasy ou de l'amphétamine", affirme Emmanuel Lahaie, pharmacien à l'OFDT. Mais ces stimulants synthétiques, fabriqués pour l'essentiel dans des laboratoires chinois, doivent avant tout leur diffusion au commerce sur Internet. Ils y sont proposés sous des appellations diverses ("designer drugs", "party pills", "legal highs") et parfois détournées (" research chemicals", "plant food").
Plaque tournante d'une redoutable efficacité pour contourner les mesures antidrogues instaurées par les différents pays, le commerce électronique constitue "un défi croissant pour les activités de surveillance, de réaction et de contrôle face à la consommation de nouvelles substances psychoactives", note le rapport de l'OEDT-Europol.
Défi d'autant plus difficile à relever qu'il suffit parfois d'un infime changement dans la composition d'une molécule de synthèse prohibée pour obtenir une nouvelle substance psychotrope. Laquelle pourra, dans un premier temps du moins, rester en libre circulation.
Dès que la méphédrone leur a été officiellement interdite, les Britanniques se sont ainsi vus proposer par les sites de vente en ligne des produits licites aux effets similaires, qui semblent déjà connaître une certaine popularité.
Catherine Vincent
Molécule dangereuse
Ses effets. Euphorisants et incitant à l'empathie, les effets de la méphédrone, une molécule de synthèse, durent deux à trois heures, mais le temps de retour à un état normal varie selon les personnes. Certains décrivent une deuxième phase pouvant durer plusieurs jours, caractérisée par des crises d'angoisse et de paranoïa, des maux de tête, voire la sensation de recevoir des décharges électriques.
Overdose mortelle. Au Danemark comme au Royaume-Uni, la méphédrone a été suspectée d'être à l'origine d'overdoses mortelles. Un seul cas, survenu en 2008 en Suède, a toutefois été confirmé par autopsie.
L'offre en Europe. 4 400 comprimés et 2 kg de poudre en Allemagne et aux Pays-Bas (juin 2009), 3 kg de poudre en Suède (début 2009), 4 kg en Angleterre (début 2009) : les notifications de saisies transmises à Europol laissent supposer l'existence d'un trafic international.
Cannabis : pour une "clean attitude", par Jean-Claude Gabilan
LEMONDE.FR | 20.04.10 |
ans le dossier qu'il publie dans Le Monde du 2 avril 2010, concernant le trafic de drogues dans les cités, Luc Bronner conclut au mauvais bilan du tout-répressif et fait état de la position du maire de Sevran, Stéphane Gattignon, qui se dit favorable à la dépénalisation du cannabis pour réduire les trafics. Dans le livre La Loi du ghetto, qu'il vient de publier, chapitre "Le bizness", page 76, Luc Bronner mentionne par ailleurs que le poids du marché du cannabis en France est estimé entre 746 et 832 millions d'euros par an. Ces millions d'euros sont – inégalement – distribués à la population des cités qui assurent la vente des différentes marchandises illicites. Une importante part de cette population ne peut que subsister avec les diverses aides sociales qu'elle reçoit et tente de vivre en recourant à l'économie parallèle.
Ce marché parallèle est essentiellement alimenté par la vente des drogues, et surtout du cannabis. Nombre d'élus, de journalistes, de policiers estiment que les quartiers s'effondreraient s'il n'existait pas d'économie parallèle. Une réflexion pragmatique à partir de ces données montre la difficulté, et même l'impossibilité, de lutter contre cette économie parallèle, au risque d'une mise à feu et à sang des quartiers dans un réflexe désespéré de survie. En particulier, si l'on compare la manne que représente le cannabis ( 800 millions environ d'euros par an ) aux 500 millions d'euros alloués à Fadala Amara sur plusieurs années pour sa politique de la ville, dont on comprend mieux l'échec.
D'où la proposition du maire de Sevran, Stéphane Gattignon, de décriminaliser le marché du cannabis en en dépénalisant l'usage pour, en particulier, lutter contre la guerre entre les trafiquants à l'origine de morts violentes chaque année dans sa ville, que Luc Bronner répertorie par ailleurs, dans son livre. Stéphane Gatignon conclut : il faut que l'on ose aborder le sujet parce que l'on est aujourd'hui dans l'hypocrisie complète.
Ce problème est effectivement actuellement tabou, depuis de nombreuses années , depuis que la commission Henrion, nommée en mars 1994 par Simone Veil, ministre des affaires sociales, pour l'actualisation de la loi du 31 décembre 1970 sur les stupéfiants, a remis ses conclusions : le cannabis et ses dérivés sont classés parmi les drogues les moins dangereuses ; à une voix près (9 sur 17) s'est dégagée une majorité favorable à la dépénalisation de son usage et de sa possession en petite quantité. Les neuf proposaient l'interdiction de fumer avant l'âge de 16 ans en raison de la démotivation et de la désocialisation que cela peut provoquer, l'interdiction de fumer dans les lieux publics, l'interdiction du cannabis également dans les métiers dits de sécurité, avec, par ailleurs, la création d'un délit de conduite sous l'emprise du cannabis. S'il n'existait aucune aggravation dans un délai de deux ans après la dépénalisation, une véritable réglementation du commerce avec contrôle strict de l'Etat pourrait être envisagée .
Les conclusions de la commission Henrion ont été écartées au prétexte qu'elles n'avaient eu qu'une seule voix de majorité. La crainte d'un assouplissement de la réglementation concernant le cannabis était à l'époque alimentée par l'affirmation de l'augmentation de la consommation du cannabis qu'elle entraînerait certainement. Or plusieurs études publiées récemment dans des revues scientifiques ont montré depuis "qu'il n'existe pas un lien systématique entre la politique en matière de drogues et le taux de prévalence en ce qui concerne le cannabis".
Par ailleurs, parmi les nations présentant les politiques les plus répressives en matière d'usage de stupéfiants, le niveau de consommation du cannabis apparaît particulièrement élevé en France (usage au cours du mois pour les 15- 24 ans : 19,8 % ) alors qu'à l'opposé les Pays-Bas occupent une place médiane (12,2 %). Rappelons qu'aux Pays-Bas la vente du cannabis est licite et règlementée… La lecture des statistique permet de dégager l'idée force que, plus que la législation ce sont les réseaux de relations nouées entre les jeunes qui déterminent le choix de consommation du cannabis dans la mesure où les pratiques d'un adolescent s'avèrent très proches de ses pairs.
C'est sur cette représentation de l'usage du cannabis qu'il apparaît surtout utile de jouer. Une proposition en ce sens pourrait être la promotion d'une "clean attitude" , d'un comportement non pollué, à l'égard de l'alcool, du tabac et du cannabis, dont des groupes de jeunes pourraient certainement être promoteurs ( jeunes sportifs et leur encadrement, scolaire, associatif ; jeunes engagés dans le scoutisme, dans le service civique, dans des actions sociales, humanitaires, syndicales, politiques…). Un relais dans la promotion de cette éthique devrait être pris par les médias, dont l'influence n'est plus à démontrer !
Quant à une éventuelle décision de "véritable réglementation du commerce du cannabis avec contrôle strict de l'Etat", il apparaît qu'elle rencontrerait de nombreux obstacles :
- psychologiques au niveau de la société française, qui n'a pas été amenée à une réflexion pragmatique à ce sujet, entre autres par les médias ;
- pratiques dans les modalités de la réglementation et de la vente, particulièrement complexes, dans l'expérience hollandaise par exemple…
Mais est-ce une justification de la"politique" de fuite en avant actuelle ? Ne serait-il pas utile qu'un dossier faisant état de ces informations, et menant la réflexion pragmatique sur le sujet qui s'impose, soit publié dans Le Monde, un dossier équilibré et argumenté du type "Contre-Enquête" ?
Jean-Claude Gabilan est professeur émérite de pédiatrie.
Washington D.C. autorise l'usage thérapeutique de la marijuana
LEMONDE.FR | 05.05.10 |
a municipalité de Washington, siège de l'administration fédérale américaine, a autorisé mardi 4 mai, l'usage thérapeutique de la marijuana pour certaines maladies chroniques comme le sida, le cancer, la sclérose en plaques ou le glaucome. Le District de Columbia rejoint quatorze Etats américains qui autorisent déjà l'emploi du cannabis médical.
Alors que la loi fédérale américaine interdit toujours la consommation de marijuana, la ville de Washington va ouvrir entre cinq et huit dispensaires chargés d'en procurer aux malades ayant obtenu une ordonnance adéquate. Les patients les plus pauvres auront droit à des subventions, mais il ne sera pas autorisé de faire pousser sa propre "herbe".
"C'est une victoire historique", commente le Marijuana Policy Project, groupe de pression en faveur de la légalisation du cannabis, sur son blog.
Alors que la Californie l'a autorisé il y a déjà quatorze ans, le Washington Post se fait l'écho des doutes de médecins de Washington quant à l'usage de cette drogue. "Habitués à prescrire des médicaments dosés au milligramme, l'usage médical de la marijuana leur pose une énigme toute particulière." En réalité, explique le journal, même dans les Etats où l'usage thérapeutique est autorisé, les médecins ne peuvent pas rédiger d'ordonnance pour du cannabis mais une simple recommandation. Un point qui, selon le Washington Post, freine les ardeurs des médecins, qui préféreraient mieux contrôler les usages de leurs patients.
Cette nouvelle loi, doit encore être signée par le maire de la ville, Adrian Fenty, et ne pourra entrer en vigueur avant une période de trente jours pour permettre au Congrès de l'examiner.
ntre Patrick Stefanini, 56 ans, préfet du Puy-de-Dôme, et Toto, 19 ans, lycéen à Clermont-Ferrand, la partie apparemment n'est pas égale. Le plus fort n'est pourtant pas forcément celui qu'on pense. Les tentatives du premier pour empêcher la tenue de l'"apéro géant" que le second a pris l'initiative de fixer au jeudi 29 avril semblent vouées à l'échec.
Toto dispose d'une arme redoutable : la puissance de feu de Facebook, le réseau social sur Internet qui compterait 15 millions de membres en France. Sur sa page, 9 466 internautes ont confirmé leur intention de venir prendre l'apéritif sur la place principale de Clermont-Ferrand et 10 462 autres ont annoncé qu'ils y "participeront peut-être".
La capitale auvergnate pourrait décrocher le record de participation jusqu'ici détenu par Brest, qui vu un rassemblement de 7 000 personnes le 9 avril. Ce sera un nouvel épisode d'une série qui fait fureur chez les membres de Facebook. Nantes a donné le coup d'envoi le 10 novembre 2009, avec 3 000 participants. Après la trêve hivernale, Rennes a relancé le mouvement le 25 mars, avec 5 000 personnes, suivie de Caen le 7 avril.
"Cette volonté de faire du lien social n'est pas nouvelle, on le constate avec les repas de quartiers ou les fête de voisins, note la sociologue Nina Testut . Ce qui est en revanche nouveau, c'est le changement d'échelle que permet l'outil Facebook. Il y a là une masse qui échappe au contrôle de l'Etat."
Et de fait, les "apéros géants" mettent les préfets devant un problème inédit. "Nous sommes face à un événement pour lequel il n'y a pas d'organisateurs, et dont nous ne pouvons pas prévoir l'ampleur", résume Patrick Stefanini. Pour l'administration, l'incertitude est d'autant plus embarrassante que le risque est jugé élevé. Les comas éthyliques de Nantes ont suscité beaucoup d'inquiétudes. "L'épisode nantais a montré qu'on est à la limite, commente Luc Ankri, le directeur du cabinet du préfet d'Ille-et-Vilaine, qui a géré le rassemblement de Rennes. Ce qui fait peur, c'est évidemment l'incident tragique."
D'où la tentation de certains représentants de l'Etat d'interdire les rassemblements. C'est l'option choisie par Christian Leyrit, à Caen. "Avoir un rassemblement de 5 000 personnes, comme le laissaient entrevoir les inscriptions sur Facebook, présentait des risques importants en matière de sécurité", explique le préfet du Calvados, qui a pris un arrêté d'interdiction de consommation d'alcool sur la voie publique. Résultat, ils n'étaient "que" 1 800 devant le château de la cité normande.
A Foix, c'est aussi l'interdiction qu'a choisie le préfet de l'Ariège. Ce qui s'est traduit par un régime sec : 10 participants le 17 avril au lieu des 364 qui s'étaient annoncés. Le préfet de l'Hérault a également interdit l'événement prévu le 12 mai à Montpellier. "Un arrêté d'interdiction ? C'est difficile parce qu'il faut se donner les moyens de le faire respecter, note Luc Ankri. A Rennes, compte tenu du nombre de personnes annoncées, la moindre intervention des forces de l'ordre aurait pu entraîner des affrontements."
L'embarras de l'Etat face aux apéros est particulièrement sensible en Auvergne, où Toto est longtemps resté insaisissable. "C'est en voyant aux infos l'apéro de Rennes que j'ai décidé avec mon frère de faire la même chose à Clermont-Ferrand", explique-t-il au Monde.
C'est finalement au bout de quinze jours que les deux frères ont pris contact avec Patrick Stefanini. Lequel leur a signifié que leur responsabilité pénale pourrait être mise en cause, et qu'ils pourraient avoir à payer 30 000 euros pour la prestation des services de sécurité et de secours. De quoi refroidir les deux frères, qui ont alors fait machine arrière. "Nous appelons tout le monde à ne pas venir le 29 avril", ont-ils indiqué sur Facebook.
Le message a fait ricaner les internautes. "Il pourront rien faire si on y va tous, iora trop de monde, fodré vraiment pas avoir de chance pour se faire pécho", affirme l'un deux. "L'impact de ce retrait sur la dimension de l'événement reste imprévisible", pour Patrick Stefanini.
Le préfet du Puy-de-Dôme a, quoi qu'il en soit, prévu un très important dispositif de sécurité. Il n'a pas voulu prendre d'arrêté d'interdiction, et en appelle "au bon sens et à la raison des parents" pour boucler les ados à la maison. Ce qui ne l'empêche pas de maintenir sa menace de poursuivre pénalement les membres de Facebook qui appelleraient à rejoindre le rassemblement.
"Personne ne peut arrêter Facebook", estime Etienne Vuillaume, le webmaster du quotidien clermontois La Montagne, qui se passionne pour les nouvelles formes de sociabilité. C'est sans doute ce que l'on pourra vérifier le 23 mai à Paris : un groupe Facebook vient de se créer et appelle à nouvel "apéro géant". Lieu de rendez-vous ? La tour Eiffel.
Manuel Armand
Article paru dans l'édition du 30.04.10
"Aujourd'hui, être ensemble, c'est picoler"
LE MONDE | 29.04.10 |
pidémiologiste, Marie Choquet est directrice de recherches à l'Inserm.
Faut-il s'inquiéter des "apéros géants" qui rassemblent des milliers de jeunes grâce aux réseaux sociaux comme Facebook, dans le but de faire la fête à grand renfort d'alcool ?
Il faut surtout se demander pourquoi ont lieu ces rassemblements. Les jeunes ont besoin d'appartenir à un groupe, à des réseaux. Il faudrait arriver à développer ces réseaux sans qu'il y ait besoin de boire. Mais rien ne sert d'interdire. Ces rassemblements sont aussi une façon de trouver du plaisir en étant ensemble. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, être ensemble, c'est picoler. Ça veut dire qu'on n'a pas réussi à mettre en place autre chose pour être ensemble sans être obligé de boire. Et comme les adolescents ont besoin d'être en groupe, ils ont trouvé cette parade.
Une parade qui n'est pas propre à la France...
Cette façon de boire vite et beaucoup est plutôt anglo-saxonne. En France, les premières campagnes antialcool étaient construites autour d'une consommation régulière d'alcool, plus comme un aliment que comme une drogue. Or, aujourd'hui, ces jeunes - qui ne boivent pas beaucoup lors des repas en famille -, utilisent l'alcool comme une drogue légale, pour les effets secondaires de l'ivresse. En fait, ils ont une double utilisation de l'alcool : modérée en famille et importante en groupe, à l'extérieur. Ces grands rassemblements de jeunes sont récents. Avant, c'était au sein d'une même université ou d'étudiants faisant les mêmes études. Là, ce sont des jeunes qui ne se connaissent pas. Mais boire pour faciliter la rencontre est une très vieille histoire.
Alcoolisme d'hier ou ivresse moderne, que vaut-il mieux ?
Les études américaines menées ces dernières années, notamment par les sociologues du groupe de recherche Genacis, montrent qu'il vaut mieux boire beaucoup et rarement que peu et souvent. Les jeunes qui boivent lors de ces rassemblements finissent par arrêter et devenir des adultes ordinaires et intégrés. En revanche, ceux qui boivent régulièrement, perdurent dans cette habitude.
Filles et garçons boivent-ils de la même façon ?
Les filles qui boivent dans ces occasions jusqu'à l'ivresse sont, plus souvent que les garçons, des jeunes en difficultés. On retrouve encore le clivage entre les garçons qui boivent pour augmenter leur sociabilité et les filles pour diminuer leurs angoisses. D'ailleurs, les filles sont plus nombreuses à détester ces grandes beuveries, et moins enclines à y participer.
6 jeunes sur 10 ont déclaré avoir été ivres dans l’année. Ils ont entre 13 et 18 ans et s’entraînent à boire très rapidement... jusqu'à être « bourré ».
Deux journalistes, Christine Vilnet et Audrey Leclere, dans Ados et Alcool, ils boivent trop que faire ?, reviennent sur le « binge drinking », véritable phénomène de société, l’objectif étant de boire le plus rapidement possible pour atteindre l’ivresse. Cette enquête fait un état des lieux de la situation, en s’appuyant sur des études de sociologues, d'épidémiologistes, de pédopsychiatres. Cet ouvrage très riche en informations, est nourri de témoignages d’adolescents, et de conseils de professionnels.
Ce livre est d’abord destiné aux parents inquiets des comportements parfois addictifs de leurs enfants vis-à-vis de l’alcool. Même si la consommation d’alcool des plus jeunes apparaît stable entre 2000 et 2007, selon l’Atlas régional des consommations d’alcool, l’alcool apparaît comme un élément nécessaire des fêtes, et cela à des âges de plus en plus bas.
L’objectif de cet ouvrage n’est pas de diaboliser l’alcool mais de souligner les risques liés à l’alcool, encore trop sous-estimés par les parents. En effet, l’alcool entraîne une perte de repère, une désinhibition, favorisant la survenue d’accidents, de violences, d’agressions. Une étude montre qu’en Grande-Bretagne, dans des cas de « binge drinking », 1 personne sur 2 a des rapports sexuels non protégés.
Vous l'aurez compris, ce livre traite avec beaucoup d'intelligence.. un sujet ô combien difficile !
Ados et alcool, ils boivent trop que faire ? Christine Vilnet et Audrey Leclere, Editions J.Lyon. Prix : 14,90 €.
L'Amérique latine repense ses politiques sur la drogue, loin des Etats-Unis
De José Luis VARELA (AFP) – Il y a 1 jour
LIMA — Après l'échec de décennies de "tout répressif", plusieurs pays d'Amérique latine sont en train de repenser leurs politiques contre la drogue, prenant leurs distances vis-à-vis des Etats-Unis, estiment des experts du continent.
Le Mexique, l'Equateur, l'Argentine, le Brésil et la Bolivie ont réformé récemment ou envisagent de réformer leur législation, dans la perspective d'une "décriminalisation de la possession de drogue à usage personnel", ont relevé des spécialistes lors d'un séminaire mardi à Lima.
En 2009, la Bolivie a inscrit l'usage de la feuille de coca dans sa Constitution, l'Argentine a dépénalisé la possession de petites quantités de marijuana à des fins personnelles, le Mexique l'a fait pour diverses drogues à condition de suivre un traitement médical. Quant à l'Equateur, en 2008, il a amnistié 2.000 trafiquants non récidivistes.
"L'Amérique latine a été fidèle pendant 30 ans aux politiques dictées par Washington, or certains pays commencent à les changer", note Ricardo Soberon, directeur du Centre d'Etudes péruvien "Drogue et Droits de l'Homme", et co-organisateur du séminaire.
Ce changement de cap est le résultat d'une frustration générale par rapport à la "guerre" contre la drogue.
Les flux dans la région n'ont jamais été aussi élevés, les tribunaux sont engorgés et les prisons surpeuplées avec nombre de détenus pour usage personnel ou micro-trafic. Comme celles de Rio, où 70% sont des primo-délinquants, souligne Luciana Boiteux, juriste pénale à l'Université de Rio.
A l'échelle de la région, l'idée avance "qu'il y a mieux à faire que mettre en prison des consommateurs, qu'il y a un angle socio-sanitaire au problème", constate Monica Currano, procureur argentine.
"Les ministres de la Santé et des Affaires sociales commencent à porter la culotte et à s'attaquer au sujet", dit-elle.
De plus, un espace s'est ouvert vis-à-vis de la politique américaine. "Il y a un niveau de tolérance du gouvernement (du président américain Barack) Obama par rapport aux pays latino-américains et leur politique sur la drogue, qui n'existait pas auparavant", estime Coletta Youngers, du centre de l'institut Washington Office for Latin America.
"Le moindre changement de ligne provoquait avant une critique immédiate des Etats-Unis, aujourd'hui ils observent et laissent faire".
"Les Etats-Unis eux-mêmes sont en train de faire un pas vers le changement", estime Mme Youngers. En décembre, la Chambre des représentants a ainsi adopté un projet de loi créant une commission indépendante pour "évaluer la politique américaine sur l'offre de stupéfiants, avec un accent sur les Amériques".
Mais tous les pays ne sont pas dans la même optique. En Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, la loi est revenue en arrière en décembre 2009, en répénalisant la possession de petites doses de marijuana ou de cocaïne pour usage personnel.
"Comme aux Etats-Unis, le changement est difficile, avec la persistance d'une politique, d'une bureaucratie, d'un discours de +guerre+" contre le narcotrafic", note Mme Youngers.
Au Pérou, où la possession de drogue est synonyme de poursuites, sauf à produire un justificatif, "on compte 20 ans d'absence de débat sur la drogue dans la société", dénonce M. Soberon.
Une brèche s'ouvre pourtant, sous la pression de chiffres --25% des 44.000 détenus le sont pour micro-trafic-- et d'intellectuels comme l'écrivain Mario Vargas Llosa, qui plaide ouvertement pour une dépénalisation de la consommation dans la lutte contre le trafic de drogues.