DROGUES au travail: L’Education et la Santé montrent l'exemple
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INPES
L’administration publique, l’enseignement, le milieu de la santé humaine et de l’action sociale, et les activités de services des ménages sont les secteurs les plus sobres en matière de consommation d’alcool et de substances illicites, selon ce premier volet du Baromètre santé de l’INPES consacré à la consommation de substances psychoactives en milieu professionnel. En revanche c’est le secteur de la construction qui apparaît comme le plus gros consommateur de « tout », alcool, cannabis et autres substances.
Mené d’octobre 2009 à juillet 2010 auprès de 27.653 personnes âgées de 15 à 85 ans, le baromètre a permis de mesurer la consommation variable selon le secteur d’activité d’alcool, de cannabis, et de cocaïne…
La consommation d’alcool est importante dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de la construction, qu’il s’agisse de l’usage quotidien ou de consommations ponctuelles (16,6 % d’usage quotidien contre 7,7 % parmi l’ensemble des actifs âgés de 16 à 64 ans). D’autres secteurs comme l’industrie et la restauration s’ajoutent à ces premiers secteurs, pour venir en tête des consommations ponctuelles importantes mensuelles (industrie : 26,2 %, l’hébergement et la restauration : 26,9 %, agriculture et la pêche : 30,7 %, construction : 32,7 % vs 19,2 % parmi l’ensemble des actifs).
La consommation de cannabis (usage au cours de l’année) s’avère plus fréquente dans la construction (13 % de consommateurs dans l’année contre 6,9 % parmi l’ensemble des actifs), l’hébergement et la restauration (12,9 %), mais de manière encore plus prononcée dans les arts et spectacles (16,6 % de consommateurs dans l’année).
Les autres drogues illicites (cocaïne, ecstasy, poppers, champignons hallucinogènes) touchent essentiellement le milieu de la construction, plus souvent expérimentateur de cocaïne et de champignons hallucinogènes et les milieux de la restauration, de l’information/communication, et des arts et spectacles (cocaïne, ecstasy, poppers, champignons hallucinogènes).
Les hommes plus fortement consommateurs : Le baromètre précise que les surconsommations des hommes exerçant dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche (alcool) et de la construction (alcool, cannabis et autres drogues illicites) ne sont pas observées chez les femmes exerçant ces métiers. Concernant les drogues illicites autres que le cannabis, les surconsommations observées chez les hommes dans les secteurs de l’hébergement et la restauration ne se retrouvent pas non plus chez les femmes.
Ces résultats ne doivent pas occulter le fait que l’exercice d’une activité professionnelle reste globalement un facteur de protection des conduites addictives, comparée à la situation de recherche d’emploi, conclut l’INPES.
Alcoolisme et sevrage : le dogme de l'abstinence en question
LE PLUS. Quand on est alcoolique, le dernier verre n'existe pas. Seule solution officielle : l'abstinence, défi suprême pour l'alcoolique. Mais l'apparition du Baclofène a quelque peu changé la donne : face à la torture de l'abstinence, il y aurait désormais moyen de dégoûter chimiquement les malades de l'alcool. A quand l'avènement de cette nouvelle thérapie ?
Des spécialistes admettent que l'abstinence n'est pas la seule solution
Nous estimons que cette approche n’a jamais fait preuve d’une grande efficacité, même accompagnée de thérapies de groupe comme celle des Alcooliques Anonymes (1935).
La maladie alcoolique étant par définition le fait de ne pas pouvoir s’arrêter de boire, les malades alcooliques ne peuvent qu’être rebutés par l’abstinence tant elle est une torture, une chose impossible à supporter : c'est entre autre cela qui les pousse au déni de leur maladie.
La Société Suisse de Médecine de l’Addiction (SSAM), a d’ailleurs faite sienne la phrase d’Olivier Ameisen : "l’abstinence est une torture"
Ainsi, nous constatons avec plaisir que les spécialistes révisent leurs discours et admettent que l’abstinence n’est pas la solution. Selon le Pr Reynaud, cela fait environ 3 ans que les spécialistes en alcoologie savent et ont admis que l’on peut essayer de traiter certaines personnes par une diminution de leur consommation et savent que des médicaments existent. Au sein de la SFA (société Française d’alcoologie), 50% de ses membres pensent que l’on peut revoir le dogme de l’abstinence.
Contre toute logique, l'abstinence reste la thérapie prépondérante
Sur le terrain cependant, rien ne bouge, les prescriptions ne changent pas et l’abstinence demeure la seule approche proposée. De la théorie à la pratique, les habitudes ont la vie dure...
Le baclofène, que beaucoup de médecins s’accordent désormais à considérer avec intérêt, semble toujours poser problème aux spécialistes en alcoologie, à cause ses effets secondaires. Pourtant, les benzodiazépines [NDLR : médicaments qui traitent l'anxiété et les troubles du sommeil] prescrits au long cours ne sont pas non plus sans effets secondaires lourds, et sont de plus addictogènes, ce qui n’est pas le cas du Baclofène, comme l’a indiqué le Pr Jaury.
Les malades, traités avec les traitements classiques puis par le Baclofène, préfèrent quant à eux les effets secondaires du baclofène à ceux des benzodiazépines et de l’alcool, d’autant qu’ils ne durent qu’un temps : le temps d’arriver à l’indifférence face à l'alcool.
Cette conférence sera la première qu'il donnera suite à une invitation par le milieu universitaire en France, preuve pour nous de la résistance importante sur notre territoire face à sa découverte.
Le baclofène, contrairement à toutes les autres molécules, ne diminue pas le craving (l’envie irrépressible de boire), il le supprime et rend leur liberté aux personnes dépendantes. La dépendance est anéantie, la maladie n’existe plus.
Des témoignages d'alcooliques en faveur du Baclofène
Sur notre forum (www.baclofene.com), nous constatons une chose simple, qui à nos yeux valide l’hypothèse d’Olivier Ameisen : pour peu que les effets secondaires, très variables selon chaque personne, ne soient pas un obstacle pour augmenter suffisamment les doses de baclofène prises, tout le monde arrive à trouver l’indifférence à un certain seuil propre à chacun.
Les guérisons sont rapides, en quelques semaines, à une dose moyenne de 140mg/j, soit le double de la dose maximale utilisée en ambulatoire dans le traitement des spasticités.
Les résultats obtenus par le Dr Levin aux États-Unis vont dans le même sens : il dit avoir obtenu 298 guérisons sur les 300 patients qu’il a traités avec le baclofène.
Face à l’espoir des malades et de leurs conjoints, nous sommes impatients d’obtenir l'autorisation de mise sur le marché ou une solution temporaire permettant aux médecins de prescrire librement le baclofène dans le traitement de l’alcoolisme. Car sans AMM et compte tenu des réticences émises périodiquement par l’AFSSAPS, de nombreux médecins n’osent pas prescrire, laissant les malades s’enfoncer dans leur alcoolisme.
D’autant plus pressés que l’essai du Pr Jaury (haute dose de baclofène contre placebo) n’a toujours pas démarré et qu’il faudra au bas mot attendre jusqu’en 2014 avant la publication de ses résultats.
Pour qu’au final, compte-tenu de la nouvelle loi sur les médicaments, il soit peut être décidé qu'il faut refaire ces essais contre le médicament de référence dans le traitement de l'alcoolisme, pour obtenir l'AMM !
3000 signatures est un début, il en faudrait 100 fois plus pour que les politiques entendent notre message.
Enfin, nous avons particulièrement apprécié la conclusion de l’article de Martine Lochouarn : "Le baclofène est-il victime d’un prix modique au moment où d’autres molécules potentiellement efficaces dans la même indication sont en cours de développement ?"
N’oublions pas que les experts auprès de l’AFFSAPS travaillent, pour certains, sur d’autres molécules. Au hasard, le Nalmefène, bien souvent cité ces dernier temps. Après une première tentative avortée, le Pr Reynaud a réussi in extrémis à placer son nom lors de son intervention sur France Inter.
- Etat du phénomène de la drogue en Europe. Rapport annuel 2011 Disponible sur Internet : http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/AR2011oedt.pdf [s.n.], , Lisbonne, 2011, 124 p. Notre mission consiste à présenter une analyse scientifiquement solide et indépendante du phénomène de la drogue dans l?Union européenne. Pour ce faire, nous devons interpréter des données souvent imparfaites. L?approche analytique de l?Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) repose à la fois sur des indicateurs multiples et sur la prudence. Les conclusions tirées d?un ensemble de données doivent être évaluées à l?aune d?autres sources d?information et nous ne nous cherchons pas d?excuses pour le caractère conservateur de notre interprétation lorsque nous avons affaire à des! données de qualité médiocre. Cela étant, la qualité, la quantité et la comparabilité des données disponibles sur l?état du phénomène de la drogue en Europe ne cessent de s?améliorer. Cela constitue en soi un progrès considérable et témoigne de l?importance de la coopération et des actions coordonnées au sein de l?Union européenne. [d?après le résumé d?auteur]
- Les collectivités territoriales face aux conduites addictives : guide pratique Disponible sur Internet : http://www.amf.asso.fr/document/fichier.asp?FTP=AMF_10753_GUIDE_MILDT.pdf&ID_DOC=10753&DOT_N_ID=35 [s.n.], , Paris, 2011, 115 p. Drogues illicites, alcool et tabac sont des sujets de préoccupation importants pour les Français et tout particulièrement pour leurs élus souvent confrontés à des situations complexes sur le terrain. Face à leurs attentes et à leurs interrogations, l?ambition de ce guide est d?apporter un éclairage sur la meilleure manière de mener des politiques de prévention des conduites addictives en adéquation avec la politique gouvernementale de lutte contre les drogues et les toxicomanies, en tenant compte des spécificités de leur territoire. [résumé d?éditeur] !
- Pratiques addictives en milieu professionnel Disponible sur Internet : http://www.cirdd-ra.org/img_publications/151_FA_PratiquesAddictivesMilieuPro_mai2011pdf.pdf ARGUILLERE BULTEL Laurence/ASTESANO Michel/CHAMARD Nadine/COUTERON Jean-Pierre/DELILE Jean-Michel/FOUILLAND Patrick/GERARD Antoine/JACOB Georges/KRAWCZYK Marc/LECOCQ Karine/ROBERT Isabelle/TARLEVE Emma/VALLETTE Jean-François, , Paris, 2011, 6 p. La Fédération Addiction résume dans ce petit guide les différents aspects des pratiques addictives, leurs conséquences et les méthodes de repérage adaptées dans le milieu professionnel. Ce document s'attache notamment à définir les pratiques addictives, à décrire les types d'intervention possible, mais aussi à montrer l'importance de ces pratiques dans un contexte de travail et la nécessité de ! les prendre en compte pour l'entreprise. [d?après le résumé d?éditeur]
Les cantons veulent autoriser quatre plants de cannabis par personne
Eric Felley | Le Matin
Vaud, Neuchâtel, Genève et Fribourg veulent réglementer le marché du chanvre en 2012 et autoriser les particuliers à cultiver quatre plants. Les Valaisans restent sceptiques.
«Nous avons toujours été contre la dépénalisation de la consommation, nous ne pouvons donc pas accepter que la loi autorise chacun à cultiver quatre plants de chanvre chez lui.» Michel Rothen, président du PDC du Valais romand, ne fait pas mystère que son parti s’opposera aujourd’hui au Grand Conseil valaisan à la ratification du Concordat latin sur la culture et le commerce du chanvre, dont l’entrée en vigueur est prévue pour le 1er janvier 2012.
Les Parlements neuchâtelois, vaudois, genevois et fribourgeois ont successivement ratifié cette année ce texte, qui vise à harmoniser la pratique entre les diverses polices cantonales. Cette réglementation exige des cultivateurs de plus de quatre plants une annonce obligatoire de leur culture et l’obtention d’une «autorisation de faire commerce» du chanvre et de la plupart de ses dérivés. Les cantons se réservent la possibilité de contrôles policiers drastiques: fouille de locaux commerciaux ou d’appartements, séquestres de marchandises, contrôles de personnes étendus, échanges d’informations entre polices, etc.
Aire de liberté
Dans l’esprit de la Conférence latine des chefs de Départements de justice et police, ce régime strict doit jouer un rôle préventif accru. «Il s’agit d’un règlement pour éviter l’anarchie et le tourisme entre les cantons», précise le conseiller d’Etat neuchâtelois Jean Studer. Malgré ce haut niveau de contrainte, le concordat laisse une petite aire de liberté… Celui qui cultive «moins de cinq plantes en excluant toute intention commerciale» est dispensé de l’obligation d’annonce. En Valais, cette fleur faite aux amateurs de cannabis marquerait un pas de trop vers le laxisme: «Si l’on est quatre dans un appartement, cela voudrait dire que l’on pourrait avoir seize plants!» s’inquiète Michel Rothen.
Ce problème n’a pas échappé au gouvernement neuchâtelois lors de son adhésion au concordat: «Seule une personne soignant la plante selon l’article 6 du concordat peut prétendre à cette exemption. Elle ne peut prétexter que d’autres personnes font ménage avec elle pour augmenter cette quantité, dans la mesure où ces personnes ne cultiveraient pas elles-mêmes les plantes.» Et que dit l’article 6 du concordat? «Fait la culture du chanvre quiconque soumet la plante sous toutes ses formes à un traitement favorisant l’épanouissement de celle-ci.» Autrement dit, tous ceux qui savent tenir un arrosoir…
Les nouvelles drogues, "défis de la décennie" pour l'Europe
LISBONNE (AFP) - L'émergence régulière de nouvelles drogues, certaines vendues sur internet comme des substances légales, constitue le "défi de la décennie" auquel l'Europe doit désormais répondre, a mis en garde l'Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT).
Dans son rapport annuel publié mardi à Lisbonne, l'Observatoire estime en revanche que la consommation de cocaïne pourrait "avoir atteint un sommet", celle du cannabis "céder du terrain chez les jeunes" tandis que celle des drogues de synthèse telles l'ecstasy et les amphétamines est "globalement stable ou en recul".
Sur le front des nouvelles drogues, 39 nouvelles substances ont été repérées depuis le début de l'année après 41 substances nouvelles notifiées à l'OEDT et à Europol en 2010. Ainsi, plus de 150 substances sont désormais surveillées par le système européen d'alerte précoce (EWS).
"L'émergence rapide de nouvelles substances psychoactives non contrôlées -souvent vendues sous l'appellation "euphorisants légaux"- constitue un défi croissant tant en Europe qu'à l'échelle internationale", indique l'OEDT.
Face à cette situation "les politiques antidrogue et les réponses européennes doivent désormais être configurées pour répondre aux défis de la prochaine décennie", a commenté Wolfgang Götz, directeur de l'OEDT.
La principale difficulté pour enrayer cette montée en puissance tient principalement à une "interaction croissante" entre les marchés des "euphorisants légaux" et les substances illicites", selon le rapport qui met en avant l'apparition d'un nombre record de 600 boutiques, vendant en ligne des substances psychoactives.
L'OEDT cite notamment la méphédrone, une drogue de synthèse proche de la cocaïne ou de l'ecstasy, vendue à la fois en ligne comme un "euphorisant légal" et par "l'intermediaire de réseaux illégaux".
La plupart des nouvelles drogues sont notamment des cannabinoïdes de synthèse, des cathinones (khat) de synthèse ou encore des dérivés synthétiques de médicaments (comme la kétamine ou la phéncyclidine PCP).
"À l'image du monde dans lequel nous vivons le marché de la drogue est en évolution de plus en plus rapide et globalisé, prompt à s'adapter aux menaces et aux opportunités", a commenté Wolfgang Götz.
Le constat est en revanche légèrement plus optimiste en ce qui concerne la cocaïne et le cannabis.
"Certains indices positifs suggèrent que la consommation de cocaïne pourrait avoir atteint un sommet et que l'usage de cannabis continue à céder du terrain chez les jeunes", note le rapport.
Parmi ces "indices" le fait que des pays tels que le Danemark, l'Espagne, l'Italie et le Royaume Uni -- quatre des cinq pays dont les niveaux de consommations sont les plus élevés en Europe - ont enregistré "un recul de la consommation de cocaïne au cours des douze derniers mois chez les jeunes adultes (15 à 34 ans)", une tendance également observée au Canada et aux Etats-Unis.
La crise économique qui sévit actuellement dans de nombreux pays européens pourrait expliquer en partie ce recul dans la mesure où le coût relativement élevé de la cocaïne, entre 50 et 80 euros le gramme, peut en diminuer l'attrait, souligne l'OEDT.
Parallèlement, le nombre de saisies de cocaïne, en augmentation constante, est passé de 56.000 en 2004 à 99.000 en 2009.
L'OEDT note d'autre part que la baisse de la consommation de cannabis pourrait être en partie liée à celle du tabac, les deux substances étant souvent consommées ensemble. Le cannabis n'en reste pas moins la drogue "la plus populaire en Europe".
Enfin, en ce qui concerne les amphétamines et l'ecstasy, l'OEDT note que les tendances des cinq dernières années montre un usage "globalement stable ou en recul" chez les jeunes adultes de 15 à 34 ans.
Le projet de dépénalisation de l'usage des stupéfiants en Grèce a été adopté en conseil des ministres. Le Parlement le votera dans les prochaines semaines.
La dépénalisation de l'usage des stupéfiants entrera en rigueur dans les prochaines semaines (illustration)SIPA
En pleine crise de la dette, la Grèce va dépénaliser la consommation et la possession « en petites quantités » de toutes les drogues, a indiqué mercredi le ministre de la Justice Miltiades Papaïoannou.
Le projet de loi a été approuvé mardi soir en conseil des ministres. « Le droit grec doit être harmonisé avec la législation européenne et la personne qui est arrêtée avec de petites quantités consacrées à son propre usage ne sera pas considérée comme criminelle », a affirmé M. Papaïoannou.
Le ministre a précisé que ces « petites quantités » seraient définies lors du dépôt de la loi au Parlement dans les prochaines semaines, avant son élaboration par une commission parlementaire spéciale et des experts. « L'usager de stupéfiants est un malade et non pas un criminel », a-t-il souligné.
De la rigueur à l'ouverture
La Grèce est le premier pays à dépénaliser l'usage de toutes les drogues. Cependant, le trafic de drogue restera un crime passible de 10 ans de prison. L'actuelle législation pénale en Grèce est d'ailleurs l'une des plus sévères, la consommation de drogues et leur détention à usage personnel, même en petite quantité, entraînant des peines de prison allant jusqu'à cinq ans.
Début juin, la « Commission mondiale sur les politiques contre les drogues » a estimé dans un rapport que le combat mondial contre la drogue avait « échoué » et que le seul recours était désormais un arrêt de la pénalisation des consommateurs de drogue.
Drogues : sortons des faux débats [jeudi 30 juin 2011 - 16:00]
Depuis plusieurs semaines, le débat entre les partisans
d'une légalisation ou d'une dépénalisation du cannabis et les opposants
à toute révision de la stratégie de lutte contre les drogues, s'enlise.
Chacun campe sur ses positions et assène ses arguments contre le camp
adverse quitte à manipuler les chiffres, à multiplier les
contre-vérités, et bien sûr, à caricaturer ses adversaires taxés d'un
côté d'irresponsables libertaires et de l'autre d'incorrigibles
réactionnaires. Dans cette véritable guerre de tranchées, on en
oublierait presque l'essentiel : comment lutter concrètement,
localement, quotidiennement, contre la drogue ?
C'est à cette question qu'a voulu répondre le Forum français pour la sécurité urbaine (FFSU) dans le cadre du projet Democracy, Cities and Drugs II
(Démocratie, villes et Drogues II), co-financé par l'Union européenne.
Pendant trois ans, les villes de Marseille, Créteil, Lille,
Aubervilliers, Lormont, Montpellier, Courcouronnes et Valenciennes ont
mis en commun leurs diagnostics et leurs expériences, pour essayer
d'apporter la réponse la plus appropriée et la plus efficace aux
problèmes posés localement par la drogue. Celle-ci a en effet un impact
économique, avec le développement d'une économie parallèle, mais aussi
des conséquences en termes de santé publique, d'occupation de l'espace
public et, bien sûr, de développement d'un sentiment d'insécurité dans
la population (p. 61).
Cette étude montre tout d'abord que les problèmes ne se posent pas de
manière uniforme. La réponse à apporter ne sera pas la même à
Aubervilliers où vivent plusieurs "vieux toxicomanes "qui se trouvent"
en situation de dépendance et de grande précarité, physiquement très
atteints et qui présentent parfois des troubles du comportement" (p.
15), qu'à Lille, où, selon un rapport de l'observatoire français des
drogues et des toxicomanies, "des milliers de jeunes résidant en France
sont attirés par les méga-dancings belges du Tournaisis, pour leur style
et la disponibilité des produits psycho-actifs : l'alcool, mais aussi
et plus spécifiquement des psychostimulants comme la MDMA (Ndlr :
Ecstasy) ou les amphétamines" (p. 21). L'échelle locale doit donc être
privilégiée pour apporter les réponses les plus pragmatiques.
Ces réponses sont de plusieurs types. Il s'agit d'abord d'expliquer :
former les acteurs de première ligne, informer et sensibiliser les
citoyens sur la question des drogues. Il est nécessaire ensuite de
développer la prévention des risques, d' "agir pour que la consommation
soit la moins dangereuse possible pour l'usager". La mise en place de
partenariats entre les élus, les services de l'État, les services de la
ville, ceux du Conseil général et du Conseil régional, ou encore les
centres de soins s'avère tout aussi indispensable, car pour répondre au
problème de la drogue, la mobilisation doit être générale. Enfin, la
question de l'insertion et de l'accompagnement social des toxicomanes
est primordiale (pp. 38-41).
Le petit livre du Forum français pour la sécurité urbaine fait le
point aussi sur les dernières grandes prises de positions au niveau
international. Ainsi, la dix-huitième Conférence internationale sur le
Sida qui s'est réunie à Vienne en juillet 2010, a conclu que "la
criminalisation des utilisateurs de drogues a des retombées négatives
sur la santé et la société à l'échelle mondiale". Le dernier rapport
mondial de l'ONU sur les drogues invite quant à lui les dirigeants du
monde à "agir pour freiner l'impact du trafic de drogue sur les pays en
voie de développement" (p. 42). La conférence "Politiques urbaines
contre la drogue dans un monde globalisé", qui s'est déroulée à Prague
du 30 septembre au 2 octobre 2010 s'est achevée notamment sur l'idée que
"la santé et la sécurité publique ne sont pas contradictoires", puisque
les deux cherchent à "minimiser les conséquences néfastes du trafic et
de la consommation de drogues" (p. 47).
La conférence de clôture du projet européen Democracy, Cities and Drugs II qui
a eu lieu à Vienne du 23 au 25 février 2011, s'est achevée sur huit
recommandations. Parmi elles, celle d'encourager" un débat global sur la
décriminalisation maîtrisée de ces questions de santé que sont les
consommations de drogues "ou celle d'orienter" l'appareil répressif vers
le contrôle des marchés notamment internationaux et ainsi reconnaître
les trafics de drogues et l'économie souterraine qui y est liée comme un
des principaux éléments destructeurs de la cohésion sociale et du vivre
ensemble dans nos villes", ou encore celle qui consiste à "envisager le
suivi thérapeutique comme une alternative crédible à l'incarcération.
Tout en veillant "également à ce que les personnes incarcérées
bénéficient d'une offre de soins adaptée" (p. 48). Une manière de dire
que pour lutter efficacement contre la drogue, il faudrait soigner les
toxicomanes et orienter les moyens de la répression contre les
trafiquants. Et si, au lieu de se perdre dans des jeux de postures, on
cherchait vraiment à régler le problème de la drogue ? .
Par le poids et les effets de son trafic, tant local que mondial, la drogue requiert une approche économique distincte des perspectives médicales, sociales ou policières.
L'économiste applique au marché de la drogue ses méthodes usuelles et se concentre sur quelques paramètres-clés : élasticité de la demande par rapport au prix et par rapport à la pénalisation ; élasticité de l'offre par rapport aux mêmes variables ; externalité de la consommation (effets sur d'autres que le consommateur) ; effets directs et effets pervers des politiques publiques.
Les marchés des drogues légales (le tabac, l'alcool) permettent d'utiles comparaisons, et les expériences étrangères ou historiques sont riches d'enseignement.
Ainsi, la prohibition américaine de l'alcool - l'un des grands exemples d'une interdiction totale suivie d'une large libéralisation - permet d'estimer les impacts à court et à long terme de la libéralisation comme de la prohibition sur la consommation.
Résultat d'un mouvement populaire mêlant ascétisme protestant, hostilité aux immigrés irlandais et italiens, mais aussi féminisme, la Prohibition fut adoptée d'abord par des Etats, puis par l'Etat fédéral américain en 1920, avec plusieurs conséquences : baisse de la consommation d'environ un tiers après un impact initial plus fort ; développement d'un marché noir considérable et d'une criminalité nouvelle tentant de dominer celui-ci ; report de la consommation vers les alcools forts, plus faciles à cacher et à plus forte valeur ajoutée.
LA CRIMINALITÉ RECULE
L'impact de l'abolition de la Prohibition par le président Roosevelt en 1933 fut symétrique : la consommation retrouve son niveau d'avant-Prohibition et la criminalité recule.
Dans leurs détails, ces effets sont certes sujets à controverse car, comme toute activité illégale, la vente d'alcool dans les années 1920 est difficile à mesurer.
On l'approche par diverses méthodes : consommation de produits liés, arrestations en état d'ivresse, nombre des cirrhoses, etc.
En se limitant aux homicides, raisonnablement faciles à recenser à méthode constante, on observe que la Prohibition américaine eut bien deux effets forts : une baisse des homicides liés à -l'ivresse et à l'alcoolisme, mais une hausse - plus importante - de ceux perpétrés par les criminels, accompagnée d'une modification du type des criminels et des victimes.
Inversement, son abolition conduisit à un fort recul de la criminalité, malgré un contexte de chômage massif et de tensions sociales.
Des recherches similaires ont été menées partout dans le monde pour estimer l'importance de la dépendance, les risques de passage des drogues dites "douces" aux drogues plus dures, les effets de la drogue sur la santé, l'impact quantitatif sur les prix et sur la consommation d'une dépénalisation, l'effet possible sur la criminalité, les chances comparées d'une politique menée nationalement ou internationalement, l'efficacité des politiques de santé publique contre l'addiction.
SOLUTION INTÉRESSANTE
La légalisation implique un saut qualitatif, même si elle peut prendre des formes variées : l'exemple du tabac et de l'alcool montre qu'un monopole public de distribution, qui contrôle la production et les prix de manière à restreindre au mieux la consommation sans stimuler le marché noir, est une solution intéressante.
Si elle peut réduire sensiblement la criminalité et l'économie parallèle des zones de distribution, elle doit être envisagée, au moins pour les drogues comme le cannabis dont les effets d'accoutumance, l'impact sur la santé du consommateur et les effets externes (par exemple sur les accidents de la route) ne sont pas supérieurs à ceux de l'alcool.
Le débat ne doit pas être évité au nom de principes prétendument philosophiques (liberté individuelle contre tolérance zéro), qui débouchent facilement sur l'outrance et le simplisme.
L'échec de la "guerre à la drogue" américaine ou colombienne est suffisamment patent (hausse de la consommation, transformation en criminels - via les prisons - de simples consommateurs, enrichissement de barons qui corrompent l'économie et la politique) pour que toutes les solutions soient envisagées.
La drogue est une question assez complexe et douloureuse pour qu'on lui évite de faux débats. Les hommes politiques doivent le comprendre et les citoyens exiger un vrai débat.
Une du "Monde Economie" du mardi 28 juin.DR
Pierre-Cyrille Hautcoeur, Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d'économie de Paris.
Dépénalisation contre répression : le débat sur la drogue
La Colombie favorable à « une nouvelle orientation »
Article paru dans l'édition du 04.06.11
n
matière de lutte contre la drogue, la Colombie sait de quoi elle parle.
Et de l'avis de son président, Juan Manuel Santos, elle a « l'autorité morale » pour intervenir dans le débat sur un changement de cap en matière de lutte contre le narcotrafic. « Nous sommes favorables à une nouvelle orientation », a déclaré le chef de l'Etat, en rappelant que, dans son pays, la drogue est « une question de sécurité nationale ». La drogue corrompt tout, les politiques, les institutions, les guérillas et les milices paramilitaires.
Bogota
a été la première capitale à réagir au rapport rendu public, jeudi 2
juin, à New York. Un de ses auteurs, Cesar Gaviria, a été président de
la Colombie de 1990 à 1994. Selon lui, « l'Amérique latine a le droit
d'exiger que les Etats- Unis adoptent des politiques plus efficaces
pour réduire la consommation de drogue ».
Premier producteur de cocaïne
Fournisseur
de la meilleure marijuana du monde dans les années 1980, la Colombie
occupe depuis plus d'un quart de siècle le rang de premier producteur de
cocaïne. Dans le cadre du « plan Colombie », les Etats-Unis ont engagé
plus de 6 milliards de dollars depuis l'an 2000 pour lutter contre le
trafic de drogue. Des centaines de milliers d'hectares de coca -
l'arbuste dont on tire la cocaïne - ont été brûlés par épandage aérien
d'herbicides (la Colombie est un des rares pays au monde à accepter
cette technique d'éradication). Mais la production de cocaïne était
encore, en 2010, estimée à 410 tonnes par an.
Auteur de plusieurs
ouvrages sur la question des drogues, le chercheur Francisco Thoumi
rappelle qu'un éventuel changement de stratégie en matière de lutte
contre le narcotrafic ne peut être imposé par le haut, par l'Etat ou par
Washington, sans un véritable consensus social : « La légalisation
d'une drogue psychoactive comme la cocaïne suppose la mise en place de
mécanismes de régulation et de contrôle social - ils existent pour les
drogues légales comme l'alcool. C'est dire que la légalisation doit être
concertée et acceptée par l'ensemble de la société. »
Or la
Colombie a sur ce point fait marche arrière. En 1994, un arrêt de la
Cour constitutionnelle dépénalisait le port de la « dose personnelle »
de drogue et sa consommation, une décision critiquée par le président de
l'époque, Cesar Gaviria.
Alvaro Uribe, président au pouvoir
entre 2002 et 2008, a fait de l'abrogation de cette jurisprudence un
cheval de bataille. Tant qu'une nouvelle politique n'aura pas été
définie, « nous, les policiers, continuerons de lutter contre la production et la consommation de drogue », a précisé le chef de la police, le général Oscar Naranjo.
La question de la légalisation du cannabis divise les politiques
| 07.06.11 |
Règlements de compte
par balles, échauffourées entre bandes et forces de l'ordre, violence
endémique dans les cités... La multiplication d'incidents graves liés au
trafic de stupéfiants dans les quartiers sensibles de la région
parisienne - dont le dernier a valu, dimanche 5 juin, à la cité des
Tarterêts à Corbeil-Essonnes, une grave blessure à la tempe à une
fillette de neuf ans - relance le débat sur l'efficacité de la politique
de lutte contre la drogue et sur la dépénalisation du cannabis.
Selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies, le
cannabis a été consommé, malgré sa prohibition, par 3,9 millions de
Français en 2005 (derniers chiffres). 1,2 million d'entre eux sont des
consommateurs réguliers et 550 000 des consommateurs quotidiens. Comme
les autres stupéfiants, la consommation du cannabis est punie par la loi
de 31 décembre 1970 par un an de prison et 3 750 euros d'amende.
"Baisser les bras"
Auteur d'un livre intituléPour en finir avec les dealers (éd. Grasset 224 p., 16 euros), Stéphane Gatignon, maire (EELV) de Sevran (Seine-Saint-Denis) a réclamé, jeudi 2 juin, "une présence de l'armée 24 heures sur 24 avec une fonction de force d'interposition"
à la suite de violences ayant fait la veille un blessé près d'une école
primaire. Maire depuis dix ans de cette commune rongée par le trafic,
M. Gatignon (ex-PCF) plaide pour une légalisation du cannabis, en
estimant qu'elle tarirait à la source le financement des dealers. Mais,
même à gauche, cette proposition qui pourrait être l'un des débats de la
campagne présidentielle, est loin de faire l'unanimité.
L'ex-ministre de l'intérieur socialiste, Daniel Vaillant, a été l'un
des premiers, dès 2003, à poser la question de la légalisation du
cannabis. Aujourd'hui, il constate que de plus en plus de ses collègues
s'interrogent : "Le gouvernement ne pense qu'à la répression et aux
chiffres. Face à cette politique qui ne fonctionne pas, les élus voient
bien qu'il faut faire quelque chose, que le laxisme, c'est le statu
quo." Au sein du groupe PS de l'Assemblée nationale, le maire et député du 18e
arrondissement de Paris pilote depuis dix-huit mois un groupe de
travail sur le cannabis, qui doit rendre son rapport le 15 juin. "Si
le groupe l'accepte, nous préconiserons une réflexion sur la
légalisation contrôlée, car la dépénalisation de la consommation ne
résoudrait rien au problème du trafic, explique M. Vaillant. Il faut avoir le courage de casser la logique actuelle."
Il souhaite que l'Etat régule la production du cannabis - assurant la
qualité du produit -, l'importation et la vente. Comme pour l'alcool, le
produit serait interdit aux mineurs.
Pendant la campagne de 2007, le débat sur les drogues avait été
soigneusement évité. Quatre ans après, il est à peine esquissé. Tout en
reconnaissant que la question mérite réflexion, François Hollande,
candidat à la primaire socialiste, n'est pas encore acquis à la cause de
la légalisation du cannabis. Selon lui, elle aboutirait à reporter le
trafic "sur d'autres drogues". Egalement candidate à la primaire, Ségolène Royal entend "le raisonnement économique" de M. Gatignon, mais refuse la légalisation car "la toxicomanie est un problème gravissime de santé publique".
Elu de terrain et de "gauche comme Gatignon", Bruno Piriou conseiller municipal d'opposition (Front de Gauche) à Corbeil-Essonne estime que "dépénaliser le cannabis, appeler l'armée, c'est baisser les bras". Il prône un "retour aux fondamentaux" : "Prévention, éducation, emploi."
A droite, le débat n'est pas à l'ordre du jour. Pour Bruno Beschizza, conseiller régional UMP Ile-de-France, "on ne peut distinguer le cannabis des autres drogues". Cet ancien policier, ex-secrétaire général du syndicat Synergie, proche de Nicolas Sarkozy relève que "les trafiquants importent tout, du cannabis, de la cocaïne, de l'héroïne, des armes de guerre". Selon lui, légaliser ne changerait rien et ce débat est périlleux. "On brise un tabou, dit-il. Que
vont penser les jeunes, alors que les trafiquants gagnent déjà quatre
fois plus que leurs pères qui travaillent normalement ?"
Marine Le Pen prône "la tolérance zéro et des places de prison supplémentaires". Elle qui réclame le rétablissement de la peine de mort contre les gros trafiquants, estime que la dépénalisation est "un abandon de poste, une désertion".