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Afficher article  Sexe, Genre et Addiction, le 30 septembre à la Fac de Droit de Douai

Sexe, Genre et Addiction

10èmes Rencontres de l'U.S.I.D.,

l'Unité de Soins et d'Information sur les Drogues du Centre Hospitalier de Douai

 

Jeudi 30 septembre 2010

à la Faculté de Droit de Douai

 


 

                                                          Programme

 

"Tabagisme et sevrage tabagique : différences homme-femme", Yvan Berlin, Maître de conférence, PH, Groupe Hospitalier Universitaire Pitié-Salpêtrière

 

"Le sexe, une addiction au genre ?", Nathalie Rubel, Professeur de philosophie, lycée Corot, Douai

 

"Changement de rôle et consommation de psychotropes : les usagères de drogues face au travail du genre", Anne Coppel, Sociologue, Présidente d'honneur de l'A.F.R.

 

"Addictions et perspective genre : de la recherche à la mise en place d'outils concrets. L'exemple suisse", Viviane Prats, Présidente du G.R.E.A., Professeure à la H.E.T.S.S., Lausanne

 

"L'alcoolisme comme échec des fonctions symboliques qui régissent la reproduction sexuée", Gérard Haddad, Psychiatre, Psychanalyste

 

"Réflexions d'un psychanalyste sur la question des genres et de la différence sexuelle", Olivier Douville, psychanalyste, Université Paris 7

 

Plus de renseignements sur le site internet de l'Unité de Recherches et de Formation sur les Drogues : http://urfd.net

 

 

Bulletin d'inscription

Nom, prénom :

Adresse :

 

Courriel :

Fonction :

 

r Formation permanente (avec une convention, N° FPC : 31 59 03 97 9 59) : 60 €

r Inscription individuelle avant le 01/09/10 : 30 €, après le 01/09/10 : 40 €

r Personnel du C.H. de Douai, IFSI Douai

 

Ce bulletin d'inscription, accompagné de son paiement (chèque à l'ordre de l'URFD), est à adresser au

Secrétariat des dixièmes rencontres de l'USID

361 rue du Canteleu, 59500, Douai – Téléphone : 03.27.97.67.94 – Fax : 03.27.98.01.71

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Afficher article  Toxicomanie : électoralisme contre santé publique
 
Editorial
Toxicomanie : électoralisme contre santé publique
Article paru dans l'édition du 17.08.10
es problèmes complexes devraient appeler des réponses nuancées. La création de « salles d'injection » pour les toxicomanes est de ceux-là. Expérimentés depuis des années dans des pays aussi variés que les Pays-Bas et l'Australie, l'Allemagne et la Norvège, l'Espagne ou le Canada, ces centres permettent à des drogués, en particulier les héroïnomanes, de s'injecter la drogue dont ils sont dépendants. Mais de le faire dans des conditions d'hygiène, de sécurité et d'accompagnement garanties par des professionnels, médecins, addictologues et psychologues. Plutôt que dans la rue et dans des conditions le plus souvent abominables.

Le 19 juillet, la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, avait annoncé son intention d'ouvrir une concertation avec quelques villes pour expérimenter de telles salles d'injection en France. Sa collègue Nadine Morano, secrétaire d'Etat chargée de la famille, avait approuvé cette initiative. Le maire de Marseille, et vice-président de l'UMP, Jean-Claude Gaudin, s'était déclaré candidat pour tenter l'expérience.

Pourtant, François Fillon a tranché, sèchement. Dans un communiqué publié mercredi 11 août, le premier ministre a jugé que la création de ces salles d'injection ne serait « ni utile ni souhaitable ». Cette fin de non-recevoir brutale est, si l'on ose dire, stupéfiante. Il y a quelques semaines, un rapport approfondi établi par l'Inserm, à la demande de la direction générale de la santé, a dressé un bilan des expériences étrangères. Bilan nuancé, mais globalement positif. Selon ces experts, ces centres permettent d'atteindre les toxicomanes à « haut risque » et « ont fait leurs preuves sur la réduction de la morbidité et de la mortalité associées aux overdoses ».

En outre, ces centres favorisent une « diminution des maladies et comportements à risques » (abcès, transmission du sida ou de l'hépatite C). En revanche, le rapport de l'Inserm ne tranche pas la question de savoir si ces centres favorisent ou permettent de réduire la consommation de drogue. Bref, de manière prudente, l'Inserm conclut que ces salles d'injection peuvent être une « mesure complémentaire » dans un dispositif global de santé publique destiné à prendre en charge les toxicomanes les plus exposés. C'est sur cette base que Mme Bachelot avait annoncé des expérimentations.

Le veto du premier ministre est donc clair. Des deux arguments qu'il invoque, le premier est caduc : les salles d'injection ne sont pas « inutiles ». Reste le second, et le seul en réalité : à ses yeux, elles ne sont pas « souhaitables ». Au moment où le président de la République et le gouvernement ont engagé une offensive généralisée pour la défense de l'ordre et de la loi - et la consommation de drogue est interdite par la loi -, ils ont voulu afficher une fermeté inflexible. Et ne pas apparaître laxistes aux yeux du noyau le plus traditionnel de la droite, voire le plus réactionnaire.

Une nouvelle fois, de lourds problèmes de société sont donc instrumentalisés pour des motifs étroitement politiques et électoralistes. Sans débat, ni pédagogie. Une nouvelle fois, cette attitude est condamnable.

Afficher article  Toxicomanie : il est urgent de moderniser la législation
 
Toxicomanie : il est urgent de moderniser la législation
Article paru dans l'édition du 19.08.10
a cacophonie politique conclue par une fin de non-recevoir des services du premier ministre à la demande d'expérimentation de salles de consommation de drogues est l'illustration de l'impasse dans laquelle se trouve la politique française en matière d'addictions.

Pour empêcher ces expérimentations, le président de la Mission interministérielle contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) et des responsables politiques ont jugé nuls et non avenus les conclusions mesurées et documentées des experts de l'Inserm et les avis favorables de nombreux acteurs de santé publique, y compris celui de la ministre de la santé. Ils ont répété que de tels centres sont « inutiles et non souhaitables », car « le rôle de l'Etat n'est pas d'accompagner les personnes dépendantes mais de les sevrer », remettant ainsi en cause les choix fondamentaux faits, il y a vingt ans, face au sida. Car si nous n'avions pas pu accueillir et accompagner des toxicomanes dans des centres sans exigence de sevrage ni pu leur délivrer gratuitement des seringues stériles et des médicaments de substitution, nous n'aurions pas pu enrayer la catastrophe sanitaire des années 1980 qui a tué plus de 10 000 usagers de drogues. Démonstration a été faite qu'en leur permettant de « shooter propre », ils retrouvaient leur dignité et des capacités à évoluer et à arrêter de se droguer. Des responsables politiques de l'époque, notamment à droite, ont eu le courage de promouvoir, contre l'avis d'une partie de leurs collègues et de l'opinion, cette politique de réduction des risques.

Malheureusement, contrairement à d'autres pays, la France n'en a pas profité pour réviser sa politique précédente. Le réveil des préjugés de la « guerre à la drogue » en est la conséquence : au nom de la morale, on préfère les croyances aux faits scientifiques, on préfère exclure davantage les usagers que de s'interroger sur ce qui pourrait permettre d'améliorer leur santé et leur insertion.

Cette politique « préhistorique » et répressive repose sur un postulat simple : l'usage de drogues s'étend si on ne le dénonce et ne le réprime pas assez. Pour dissuader l'usage, il faut donc le stigmatiser et le sanctionner. Tels sont les « fondamentaux » sur lesquels le gouvernement a basé toutes ses campagnes et les mesures prises ces dernières années pour renforcer la pression sur les usagers, réduisant du même coup le rôle du ministère de la santé.

La logique de la politique française a été scellée par la loi de 1970 qui, au nom de « la lutte contre la drogue », prohibe l'usage privé des « stupéfiants » (cannabis, cocaïne, champignons, opiacés et une liste de molécules qui s'allonge sans cesse), menace l'usager de peines de prison et veut le pousser à l'abstinence en l'incitant à choisir la « désintoxication » plutôt que des poursuites pénales. Elle est en complète contradiction avec la politique de réduction des risques, qui a, au contraire, pour objectif de responsabiliser tôt l'usager et de partir de là où il en est pour l'aider à franchir des étapes.

Tout observateur un peu averti sait que la loi de 1970 est obsolète et que sa révision est indispensable. Un cadre législatif qui veut régir un comportement social doit être en phase avec la société dans laquelle ce comportement se déploie. Or la société est différente de celle d'il y a quarante ans, et les problèmes d'addiction ne s'y posent plus dans les mêmes termes. Dans une société où la norme est la consommation de masse au nom du bien-être individuel, vouloir imposer par voie pénale l'abstinence des drogues en modèle de comportement ou ériger la modération en règle de vie pour tous est voué à l'échec. Comme en matière de bioéthique ou d'écologie, ce sont d'autres voies, d'autres stratégies, qui doivent être développées.

Deux principes devraient, selon nous, servir de guide dans ce sens. Premier principe : distinguer la question de l'usage de drogues et celle de l'accès à ces drogues. L'accès à telle ou telle substance est une question politique, juridique et législative (contrôler ? prohiber ?). Les conséquences néfastes de l'usage de drogues sur autrui ne sont qu'éventuelles et indirectes. Les liens entre drogues et délinquance dépendent en grande partie des systèmes d'accès aux produits. La loi peut et doit borner ces conduites, elle ne peut prétendre les éradiquer. Elle doit limiter l'offre mais n'utiliser la prohibition qu'à bon escient. Beaucoup d'arguments poussent d'ailleurs à s'interroger sur sa pertinence dans le cas du cannabis.

L'usage de substances psychoactives est d'abord un problème individuel, éducatif et sanitaire, car il dépend du comportement du consommateur et peut mettre en jeu sa santé. L'usage de drogues est donc une question de santé publique et non d'ordre public. L'Etat doit donc se doter d'une politique de santé et des moyens adéquats de prévention, d'éducation et de soins.

Second principe : distinguer l'interdit destiné à empêcher la mise en danger d'autrui (interdit pénal visant à arbitrer entre un acteur et une victime) et l'interdit destiné à inciter l'individu à se protéger (interdit éducatif car reposant sur l'estime de soi). Sur le plan des comportements qui portent atteinte à autrui (conduite d'engins, certains emplois, usage public, incitation à l'usage), des dispositions pénales prévoyant des sanctions dissuasives sont légitimes. En revanche, l'usage privé de drogues par une personne majeure ne peut être traité de la même façon. L'expérience en matière d'éducation à la santé montre que les interdits dans ce domaine ne viennent qu'en appui à la relation éducative et qu'ils ne sont respectés que s'ils apportent au consommateur un mieux-être supérieur à celui qu'il tire de son comportement. La sanction pénale (amende, prison ou autre) n'a que peu d'incidence et provoque souvent des effets pervers (clandestinité, prises de risques). Ce qui n'exclut pas les mesures d'incitation voire d'obligation de soins dans certains cas précis d'usages problématiques.

Quoi qu'il en soit de ses modalités précises, toute réforme de la loi de 1970 ne sera crédible et facteur de progrès qu'à deux conditions : qu'elle soit l'occasion de définir une politique de prévention à la mesure des enjeux, et que l'approche soit cohérente pour l'ensemble des drogues. Rien ne serait pire que de repousser encore cette échéance : nous aurions perdu une nouvelle occasion de nouer une alliance avec la jeunesse pour relever le défi éducatif que crée la société addictogène qui est la nôtre.

Jean Pierre Couteron
Afficher article  L'héroïne mexicaine
Libé, le 23/08/2010

Mexique : l’héro nationale inonde les Etats-Unis

Enquête

Les narcotrafiquants ont dopé la culture locale du pavot, faisant du pays le troisième producteur mondial, et supplantent les cartels colombiens.

Par EMMANUELLE STEELS MEXICO, de notre correspondante

Dans les années 90, obnubilées par la fumigation des plantations de coca, les autorités colombiennes n’avaient pas vu pousser les milliers d’hectares de champs de pavot qui allaient convertir le pays en troisième producteur mondial d’héroïne. Loin derrière l’Afghanistan et la Birmanie, mais suffisamment près, géographiquement parlant, des Etats-Unis, pour en devenir le principal fournisseur d’opiacés. Depuis le début des années 2000, la production d’héroïne a décliné en Colombie au même rythme qu’elle a resurgi au Mexique, coïncidant avec la passation de pouvoir des cartels colombiens de Cali et Medellín aux cartels mexicains de Sinaloa et Juárez. Aujourd’hui, à des milliers de kilomètres au nord des forêts andines, c’est dans le «triangle d’or» mexicain, qui chevauche les Etats de Sinaloa, Durango et Chihuahua, que le pavot refleurit de plus belle, à la lisière des plantations de cannabis.

Alors qu’elle se hissait à peine à 4 tonnes en 2000, la production d’héroïne mexicaine a bondi de 18 à 38 tonnes entre 2007 et 2008. Les cultures de pavot se sont étendues de 6 900 à 15 000 hectares. Ce sont les récentes estimations du Rapport d’évaluation nationale de la menace liée à la drogue 2010, élaboré par le département américain de la Justice en compilant les informations de la DEA (l’agence américaine de lutte contre les stupéfiants) et les services de police et de renseignements américains.

Mélanges. Les autorités mexicaines reconnaissent quant à elles qu’il existait déjà une surface cultivée de 19 147 hectares en 2006 sur leur sol, d’après le Rapport mondial sur les drogues 2010 de l’ONU. Mais les trafiquants mexicains ne se limitent pas à la production : ils commencent également à faire main basse sur le transport d’héroïne sud-américaine. Et les mélanges de cette poudre avec l’héroïne mexicaine sont de plus en plus fréquents. En 2008, pour la première fois, les autorités américaines ont saisi davantage de cargaisons d’héroïne à leur frontière sud que dans leurs aéroports. D’après Washington, cela signifie que le transport d’héroïne mexicaine ou colombienne est désormais confié aux Mexicains, par voie terrestre. La voie aérienne, utilisée par les Colombiens et par les trafiquants d’héroïne asiatique - minime sur le marché américain - est progressivement délaissée.

L’explosion de la production d’héroïne mexicaine est un nouveau signe du pouvoir démesuré acquis par les cartels du pays. Au même titre que l’augmentation spectaculaire des plantations de cannabis aux portes des Etats-Unis et leur mainmise croissante sur le transport de la cocaïne sud-américaine, le fleurissant négoce de l’héroïne est un symbole de la sidérante capacité des narcotrafiquants mexicains à se diversifier pour accaparer tous les marchés de la came sur le continent américain. Le contrôle des routes par où transitent ces cargaisons de plus en plus importantes a provoqué des luttes féroces entre cartels, qui s’associent et se déchirent à l’aune d’alliances fragiles.

Depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2006, le président Felipe Calderón a déclaré la guerre aux narcotrafiquants : 28 000 morts plus tard (chiffres officiels), le Mexique est le principal fournisseur de drogues aux Etats-Unis et le nouveau troisième producteur mondial d’héroïne. A l’heure actuelle, les plantations de pavots ne cessent de s’étendre, descendant des Etats du Nord et longeant la côte Pacifique jusqu’aux recoins isolés des régions de Nayarit, Guerrero et Oaxaca. «Il s’agit de cultures atomisées, situées dans des zones très difficiles d’accès, dans les montagnes de la Sierra Madre occidentale, ce qui rend leur détection impossible», explique le sociologue Luis Astorga, spécialiste de l’histoire du trafic de drogue au Mexique. Les organisations criminelles forcent de petits paysans sans ressources à cultiver le pavot. Les laboratoires de fabrication d’héroïne sont installés à proximité des zones de culture.

Éradication. Les junkies d’Amérique du Nord ont toujours consommé de l’héroïne et de l’opium mexicains. Quand les trafiquants colombiens ont découvert le pavot, cela faisait déjà cinquante ans qu’il avait planté ses racines dans les vallées mexicaines de la Sierra Madre pour répondre à la demande pressante d’opiacés du grand voisin. Dans les années 40, les premiers trafiquants étaient appelés gomeros, nom issu de la «gomme», le terme utilisé en espagnol pour désigner l’opium brut tiré du pavot. Plus récemment, les cartels mexicains n’ont fait que reprendre aux Colombiens, à la faveur des opérations antidrogue menées dans ce pays, un marché que les Sud-Américains leur avaient provisoirement raflé.

Mais l’essor actuel de la production d’héroïne au Mexique s’explique aussi par l’affectation des militaires à des tâches qui les distraient de la mission de destruction des champs de pavots qui leur incombe. «L’armée mexicaine a été redéployée dans les zones urbaines pour faire face à l’insécurité générée par le crime organisé, et elle a délaissé l’éradication des champs de pavots et de cannabis au cours des dernières années», avance Luis Astorga. Comme dans la Colombie des années 90, lorsque les soldats ont le dos tourné, le pavot pousse. De 2005 à 2009, l’éradication des cultures a chuté de moitié, de 21 609 à 11 471 hectares détruits, d’après le Rapport mondial sur les drogues 2010. La destruction des plantations de cannabis a suivi la même courbe descendante. «Entre 2006 et 2009, nous avons empêché la consommation ou la production de 32,9 tonnes d’héroïne en saisissant des cargaisons de drogue et en éradiquant des cultures. Cela correspond à un milliard de dollars en moins dans les caisses des narcos», explique Ricardo Najera, porte-parole du parquet général de la République, chargé de coordonner la lutte contre le crime organisé.

En réalité, alors que les autorités colombiennes saisissent plus de 600 kilos d’héroïne par an, le Mexique se contente d’une tonne confisquée en presque quatre ans. En contrepartie, la police avance des chiffres de saisies records d’opium brut et de graines de pavot. Les récentes arrestations de José Antonio Medina Arreguin, dit «le Roi de l’héroïne», et de Carlos Ramón Castro Rocha, surnommé «le Gars», deux des principaux trafiquants mexicains de poudre blanche, ont été largement médiatisées par les autorités. Sous couvert d’anonymat, un officier de communication de l’armée déclare : «En cette année 2010, la nouveauté, c’est que les cultures de cannabis et de pavot ont diminué au Mexique.» Pas assez au goût des Américains, qui ont choisi cette année pour lancer un cri d’alarme sur l’augmentation considérable de production d’héroïne au Mexique.

Afficher article  La Déclaration de Vienne
 
Afficher article  Fabrice Fernandez : "Emprises. Drogues, errance, prison : figures d'une expérience totale"
 
 
Couverture ouvrage
 
 
 
 
Emprises. Drogues, errance, prison : figures d'une expérience totale
Fabrice Fernandez
Éditeur : Larcier
384 pages / 52,25 €
Résumé : Le sociologue Fabrice Fernandez publie sa thèse après avoir travaillé et enquêté dix années dans le monde de la drogue. Il étudie les rapports étroits entre la drogue, l’errance urbaine et la prison.

Le sociologue Fabrice Fernandez publie sa thèse à laquelle il aura travaillé près de dix ans. Dans sa recherche ethnographique, il étudie l’imbrication de divers problèmes sociaux et sanitaires : santé publique et individuelle, précarité et errance, contrôles sociaux et enfermement. S’intéressant aux interactions en jeu dans le monde de la drogue, il a travaillé sur tous les terrains impliqués : celui des usagers, des associations de prévention des risques sanitaires, des institutions, hôpitaux et prisons. L’apport sans précédent de son travail, relativement aux études concernant le terrain toxicomaniaque, tient à sa méthode inductive (partir des faits pour en tirer les principes d’action), seule capable de "saisir le sens endogène des pratiques à risques" 1.
 
Emprise de la drogue : entre errance et prison
 
"Comment les drogues exercent-elles leur emprise ?" 2. Cette première question que pose le chercheur marque la perspective choisie : en effet, pour y répondre Fernandez s’est immergé dans les "mondes de la grande marginalité urbaine : trottoirs, squats, shootoirs, lieux de deals ou de défonce, associations de préventions, hôpitaux et maisons d’arrêt" 3. C’est donc à partir des récits des parcours entre errance et prison des consommateurs de drogues qu’il a rencontrés et dont il a recueilli les témoignages qu’il tente de comprendre ce qu’est l’expérience totale entre expérience carcérale et expérience toxicomaniaque. L’entreprise de cette recherche devient alors presque celle de rendre intelligibles les lignes biographiques de ces vies marquées par les ruptures (des liens familiaux, sociaux, dans les rythmes de la consommation si incarcération, etc.), la dépendance à la drogue marquant une rupture biographique 4 cruciale puisqu’il ne s’agit plus à ce moment de rechercher le plaisir dans la défonce mais d’enrayer la souffrance qui survient avec le manque.
 
"Ce livre rend compte du circuit en vase clos de l’errance à la prison de celles et ceux, fugueurs, sans papiers, sortants de prison, travailleurs au noir, 'petits dealers', voleurs, mendiants ou prostitué(e)s qui basculant souvent du rôle de simples consommateurs à celui de vendeurs, rabatteurs, guetteurs, coursiers ou modous 5, vivent et parfois survivent dans l’économie souterraine" et "ce livre interroge la capacité d’action de ces êtres sous influence soumis à des mécanismes de domination particulièrement prégnants".
 
La fonction narrative : récit de soi et réappropriation de soi
 
En donnant la parole à ces "individus par défaut" 6, le chercheur les rend acteurs de l’étude et non objets de l’étude 7. Sa démarche visant à faire émerger un récit de soi, d’autant plus difficile que ses interlocuteurs ont fait, ou font encore, l’expérience de la perte de soi, ont une image dégradée de soi. Reprenant la notion d’ "expérience totale" forgée par Robert Castel qui désigne un "mode de vie exclusivement organisé autour d’une seule finalité" 8, Fernandez la développe sous le prisme de l’instant où "la came devient à la fois le problème et la solution" 9, où le corps lui-même est pénétré, envahi par le rapport douleur/plaisir. L’ "expérience totale" peut être présentée autant comme "une expérience intime, un jardin secret qui fascine, engendre de la peur et suscite un sentiment de honte" 10 que comme la "dernière frontière morale faisant basculer dans un monde totalement vide de sens. Ceux qui l’ont approché ont eu l’impression de se mettre entièrement au service de la drogue et gardent un sentiment de dégoût d’eux-mêmes" 11.
 
Sans tomber dans "l’illusion biographique" pointée par Bourdieu, le sociologue sonde les temporalités internes aux parcours des usagers de drogues profondément marqués par le Kairos, la temporalité de l’occasion 12. Il souligne l’importance de la "première intraveineuse". Rite opéré à deux, un initiateur et un initié, c’est un moment-passage où se jouent la confiance et la prise de risque, autour de la figure particulière de la seringue, compagne fétiche et tabou : "s’injecter consiste à modifier la perception de soi en violentant son corps" 13. Il analyse l’articulation entre passage en prison ou en institution de soins et évolution de la consommation (pause, arrêt, parfois permettant la survie, alternance ou littéralement fuite en avant dans la consommation de médicaments de substitution) : "l’interdépendance entre l’extérieur et l’intérieur de la prison [constitue] une clef permettant de saisir les échecs ou les réussites de la réinsertion des détenus" 14. Il présente une typologie des comportements des détenus selon les logiques de participation ou de refus au monde pénitentiaire : bifurcation (les détenus qui "rompent radicalement avec leur vie à l’extérieur"), confrontation (ceux qui "vivent l’arrestation et l’incarcération comme une catastrophe personnelle", le choc de la confrontation peut les mener à tenter de se suicider), coordination (celui pour qui "la taule est un risque à courir"), conjonction (ceux pour qui "l’arrestation et l’incarcération sont […] comme une délivrance […], une échappatoire au regard d’une situation perçue comme sans issue"). Sur ce schéma s’intègrent quatre logiques de consommation qui permettent de "tenir le coup" : récréative, autocontrôlée, anesthésique, économico-compulsive 15.
 
La santé mentale : mode de gestion politique de l’exclusion
 
Il ressort de son analyse de la "détention sous psychotropes" (suivant le titre de son chapitre 7, chapitre-phare de son travail) 16, un échec certain et des politiques de santé en prison et des processus de réinsertion, dû, certes, à "la complexité de la prise en charge des détenus toxicomanes combinant des problématiques multiples (sida, hépatite, addiction, polyconsommation, etc.)" 17.
 
Fabrice Fernandez fait ainsi le constat de la pathologisation croissante de la toxicomanie et de la criminalisation de la consommation de drogues qui implique une gestion judiciaire et pénitentiaire de ces usagers se retrouvant en prison, lieu inadapté à leur prise en charge. L’usage de la drogue reste donc une question sociale, qui révèle l’emprise de la société sur la liberté individuelle : "L’expérience totale liée à l’usage de drogues renvoie à une question centrale de toute société démocratique : celle de l’articulation du lien social et de la liberté individuelle" 18.
 
Un travail considérable
 
Le travail considérable de Fabrice Fernandez aborde de nombreuses questions dans la compréhension de la perception des risques en matière de santé. En prenant en compte les parcours individuels et la difficulté de trouver ou retrouver un accès à l’histoire de soi par-delà les injonctions sociales à la responsabilité et à l’indépendance (c’est-à-dire à une forme vertueuse d’émancipation personnelle), il souligne le caractère si ce n’est incompétent du moins inadapté des dispositifs sanitaires et judiciaires mis en place dans ce traitement médico-pénal de ces déviances. Il est à souhaiter que son livre figure sur les tables de travail des responsables politiques et passionne tout lecteur s’intéressant à la question.



rédacteur : Sophie BURDET, Critique à nonfiction.fr
Illustration : flickr.com / Dana Gonzales

Notes :
1 - Fabrice Fernandez, Emprises. Drogues, errance, prison : figures d’une expérience totale, Editions Larcier, collection "Crimen", 2010, p.147
2 - Ibid., p.15
3 - Ibid., p.21
4 - Cf. Ibid., p.100
5 - Ibid., p.15-16. "modous" : terme tiré du Wolof qui désigne les dealers à la sauvette
6 - selon l’expression de Robert Castel
7 - Cf. Ibid., p.23
8 - Ibid., p.35
9 - Ibid., p.123
10 - Ibid., p.144
11 - Ibid., p.122
12 - Cf. Ibid., p.135
13 - Ibid., p.78
14 - Ibid., p.184
15 - voir le chapitre 6 "Prison et dédoublement", p.188-189
16 - Ibid., p.203 et sqq.
17 - Ibid., p.206
18 - Ibid., p.319
Titre du livre : Emprises. Drogues, errance, prison : figures d'une expérience totale
Auteur : Fabrice Fernandez
Éditeur : Larcier
Collection : Crimen
Date de publication : 14/01/10
N° ISBN : 978-2804438043
Afficher article  Miche'l Kokoreff : "La drogue est-elle un problème ?"



Le livre du jour
Pour un débat sur les drogues
Article paru dans l'édition du 03.06.10
ors de la 21e conférence mondiale sur la réduction des risques liés à la consommation de drogues, la plupart des experts ont souligné l'urgence d'une dépénalisation de leur usage. En France, au même moment, Brice Hortefeux réitérait sa volonté de « faire la guerre » aux trafics de drogue dans les cités. Le nombre d'interpellations pour usage simple, liées dans 90 % des cas au cannabis, a quasiment triplé depuis les années 1990.

Quarante ans après l'adoption de la loi de 1970 pénalisant l'usage de drogues en France, le cannabis est en effet devenu un produit de consommation courante, et se trouve au centre d'un commerce générant un chiffre d'affaires d'environ un milliard et demi d'euros par an.

Pourtant, estime le sociologue Michel Kokoreff, « tout se passe aujourd'hui comme si, en France en particulier, le débat public et politique sur les drogues était devenu impossible ». Face à ce constat, l'ambition de l'ouvrage est « de donner à voir et d'analyser les mécanismes sous-jacents à la diffusion des pratiques sociales des drogues dans un contexte marqué plus que jamais par l'idéologie sécuritaire et le modèle médical hégémoniques ».

La drogue est-elle un problème ? est composé de cinq textes publiés entre 2001 et 2005 dans des ouvrages collectifs ou des revues peu accessibles, enrichis d'une introduction et d'une conclusion inédites qui constituent un tiers de l'ensemble. Si Michel Kokoreff se propose d'analyser la dynamique des relations entre les « trois pôles » du domaine étudié : usages, trafics et politiques, les textes traitent peu des usages en tant que tels.

« Goût de la transgression »

En revanche, une large part est faite aux trafics : analyse sociologique des « cheminements » qui mènent à la « carrière » de dealer à travers l'étude des effets de génération et de territoire, étude des formes sociales de trafic à l'échelon international. Un phénomène en constante évolution, marqué par une généralisation des filières combinant plusieurs produits, comme l'analyse une récente publication de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Les usages de drogues illicites en France depuis 1999, vus au travers du dispositif TREND.

Surtout, Michel Kokoreff s'est intéressé aux politiques pénales : mise en perspective de la diversité et des contradictions de leur mise en oeuvre au niveau local, observation des audiences pénales comme scène privilégiée des liens entre processus judiciaire et conduites déviantes, et, pour finir, étude des contradictions entre modèle prohibitionniste et évolution des consommations.

Cette prédominance de la question pénale n'est pas un hasard : car, même si elle le pousse à laisser hors de son champ de réflexion la grande majorité des simples consommateurs, souvent bien insérés socialement, l'auteur rappelle que « la logique de l'interdiction nourrit le goût de la transgression, la prohibition alimente la clandestinité, la méconnaissance, la multiplication des risques ».

Ce constat l'amène à aborder les avantages et les risques d'une éventuelle légalisation de l'usage, car « il est temps de comprendre que plus l'usage des drogues sera socialisé, moins elles seront dangereuses ».

S'il apporte peu d'éléments véritablement neufs, ce livre tombe donc à pic pour alimenter le récent « frémissement » de débat repéré par son auteur, débat portant notamment sur l'ouverture éventuelle de salles de consommation à moindres risques en France.

Philippe Périn
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Enquête
Les nouvelles drogues se multiplient en Europe
LE MONDE | 06.05.10 |

aut-il avoir peur de la méphédrone ? Doit-on interdire cette drogue de synthèse aux effets proches de ceux de l'ecstasy et des amphétamines, dont les risques pour la santé sont encore mal connus ? Après plusieurs décès suspects survenus chez des jeunes gens (pour la plupart consommateurs d'autres drogues), le gouvernement britannique vient de franchir le pas en l'interdisant. Depuis le 16 avril, la méphédrone a désormais le statut de stupéfiant.

Après le Danemark, la Suède, l'Allemagne, la Norvège, la Croatie, l'Estonie et la Roumanie, le Royaume-Uni est le huitième pays européen à prendre une telle mesure depuis décembre 2008. La France, où la consommation reste marginale, pourrait bientôt les imiter. Et le Conseil de l'Europe annoncera dans les semaines à venir s'il demande ou non à ses Etats membres que soit menée une évaluation des risques sur cette drogue de synthèse.

Quasiment inconnue il y a quelques années, la méphédrone (appelée aussi Meow Meow ou M-Cat) est un stimulant de la famille des cathinones, elle-même proche de la famille des phénéthylamines à laquelle appartiennent l'ecstasy et les amphétamines.

"A ce jour, il existe sur cette substance très peu de données dans la littérature scientifique, notamment sur sa toxicité à long terme, son potentiel de dépendance et ses interactions avec d'autres psychotropes", précise Agnès Cadet-Tairou, médecin de santé publique à l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).

Proposée sous forme de poudre, à un prix situé entre 9 et 17 euros le gramme, sur de nombreux sites Internet (dont près de 90 %, jusqu'au mois d'avril, étaient localisés au Royaume-Uni), la méphédrone est en libre circulation en France.

Seuls trois composés de la famille des cathinones sont actuellement classés comme stupéfiants en France - parmi lesquels la cathinone elle-même, produit naturel issu des feuilles du khat (un arbre originaire d'Afrique orientale).

La méphédrone les rejoindra-t-elle bientôt ? A la demande récente de la Commission nationale des stupéfiants et psychotropes, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a réalisé une évaluation en vue de son possible classement sur la liste des stupéfiants et psychotropes. "Dans la mesure où la méphédrone n'est pas utilisée en tant que médicament, cette procédure, si elle aboutit à un avis favorable de la part de la Commission, reviendra de fait à une interdiction", détaille Françoise Bartoli, directrice générale adjointe de l'Afssaps, qui espère voir le dossier bouclé "avant l'été".

Stigmatisée en raison de la forte consommation dont elle a récemment fait l'objet chez les jeunes Britanniques, la méphédrone n'est pas la seule drogue de synthèse d'apparition récente à inquiéter les autorités sanitaires. Dans leur rapport annuel sur les nouvelles drogues circulant sur le marché, publié le 23 avril, l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) et Europol soulignent que celles-ci ont atteint, en 2009, un "chiffre record".

24 nouvelles substances psychoactives ont été officiellement notifiées pour la première fois aux deux agences, soit presque le double des substances notifiées en 2008 (13 au total). Toutes étaient des composés de synthèse. Parmi eux : 4 cathinones qui viennent ainsi élargir l'éventail des substances apparentées de près ou de loin à la méphédrone.

"Dans les fêtes techno et dans les soirées privées, ces substances sont le plus souvent présentées par les revendeurs comme de l'ecstasy ou de l'amphétamine", affirme Emmanuel Lahaie, pharmacien à l'OFDT. Mais ces stimulants synthétiques, fabriqués pour l'essentiel dans des laboratoires chinois, doivent avant tout leur diffusion au commerce sur Internet. Ils y sont proposés sous des appellations diverses ("designer drugs", "party pills", "legal highs") et parfois détournées (" research chemicals", "plant food").

Plaque tournante d'une redoutable efficacité pour contourner les mesures antidrogues instaurées par les différents pays, le commerce électronique constitue "un défi croissant pour les activités de surveillance, de réaction et de contrôle face à la consommation de nouvelles substances psychoactives", note le rapport de l'OEDT-Europol.

Défi d'autant plus difficile à relever qu'il suffit parfois d'un infime changement dans la composition d'une molécule de synthèse prohibée pour obtenir une nouvelle substance psychotrope. Laquelle pourra, dans un premier temps du moins, rester en libre circulation.

Dès que la méphédrone leur a été officiellement interdite, les Britanniques se sont ainsi vus proposer par les sites de vente en ligne des produits licites aux effets similaires, qui semblent déjà connaître une certaine popularité.


Catherine Vincent

Molécule dangereuse

Ses effets. Euphorisants et incitant à l'empathie, les effets de la méphédrone, une molécule de synthèse, durent deux à trois heures, mais le temps de retour à un état normal varie selon les personnes. Certains décrivent une deuxième phase pouvant durer plusieurs jours, caractérisée par des crises d'angoisse et de paranoïa, des maux de tête, voire la sensation de recevoir des décharges électriques.

Overdose mortelle. Au Danemark comme au Royaume-Uni, la méphédrone a été suspectée d'être à l'origine d'overdoses mortelles. Un seul cas, survenu en 2008 en Suède, a toutefois été confirmé par autopsie.

L'offre en Europe. 4 400 comprimés et 2 kg de poudre en Allemagne et aux Pays-Bas (juin 2009), 3 kg de poudre en Suède (début 2009), 4 kg en Angleterre (début 2009) : les notifications de saisies transmises à Europol laissent supposer l'existence d'un trafic international.


Article paru dans l'édition du 07.05.10

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Point de vue
Cannabis : pour une "clean attitude", par Jean-Claude Gabilan
LEMONDE.FR | 20.04.10 |

ans le dossier qu'il publie dans Le Monde du 2 avril 2010, concernant le trafic de drogues dans les cités, Luc Bronner conclut au mauvais bilan du tout-répressif et fait état de la position du maire de Sevran, Stéphane Gattignon, qui se dit favorable à la dépénalisation du cannabis pour réduire les trafics. Dans le livre La Loi du ghetto, qu'il vient de publier, chapitre "Le bizness", page 76, Luc Bronner mentionne par ailleurs que le poids du marché du cannabis en France est estimé entre 746 et 832 millions d'euros par an. Ces millions d'euros sont – inégalement – distribués à la population des cités qui assurent la vente des différentes marchandises illicites. Une importante part de cette population ne peut que subsister avec les diverses aides sociales qu'elle reçoit et tente de vivre en recourant à l'économie parallèle.

Ce marché parallèle est essentiellement alimenté par la vente des drogues, et surtout du cannabis. Nombre d'élus, de journalistes, de policiers estiment que les quartiers s'effondreraient s'il n'existait pas d'économie parallèle. Une réflexion pragmatique à partir de ces données montre la difficulté, et même l'impossibilité, de lutter contre cette économie parallèle, au risque d'une mise à feu et à sang des quartiers dans un réflexe désespéré de survie. En particulier, si l'on compare la manne que représente le cannabis ( 800 millions environ d'euros par an ) aux 500 millions d'euros alloués à Fadala Amara sur plusieurs années pour sa politique de la ville, dont on comprend mieux l'échec.

D'où la proposition du maire de Sevran, Stéphane Gattignon, de décriminaliser le marché du cannabis en en dépénalisant l'usage pour, en particulier, lutter contre la guerre entre les trafiquants à l'origine de morts violentes chaque année dans sa ville, que Luc Bronner répertorie par ailleurs, dans son livre. Stéphane Gatignon conclut : il faut que l'on ose aborder le sujet parce que l'on est aujourd'hui dans l'hypocrisie complète.

Ce problème est effectivement actuellement tabou, depuis de nombreuses années , depuis que la commission Henrion, nommée en mars 1994 par Simone Veil, ministre des affaires sociales, pour l'actualisation de la loi du 31 décembre 1970 sur les stupéfiants, a remis ses conclusions : le cannabis et ses dérivés sont classés parmi les drogues les moins dangereuses ; à une voix près (9 sur 17) s'est dégagée une majorité favorable à la dépénalisation de son usage et de sa possession en petite quantité. Les neuf proposaient l'interdiction de fumer avant l'âge de 16 ans en raison de la démotivation et de la désocialisation que cela peut provoquer, l'interdiction de fumer dans les lieux publics, l'interdiction du cannabis également dans les métiers dits de sécurité, avec, par ailleurs, la création d'un délit de conduite sous l'emprise du cannabis. S'il n'existait aucune aggravation dans un délai de deux ans après la dépénalisation, une véritable réglementation du commerce avec contrôle strict de l'Etat pourrait être envisagée .

Les conclusions de la commission Henrion ont été écartées au prétexte qu'elles n'avaient eu qu'une seule voix de majorité. La crainte d'un assouplissement de la réglementation concernant le cannabis était à l'époque alimentée par l'affirmation de l'augmentation de la consommation du cannabis qu'elle entraînerait certainement. Or plusieurs études publiées récemment dans des revues scientifiques ont montré depuis "qu'il n'existe pas un lien systématique entre la politique en matière de drogues et le taux de prévalence en ce qui concerne le cannabis".

Par ailleurs, parmi les nations présentant les politiques les plus répressives en matière d'usage de stupéfiants, le niveau de consommation du cannabis apparaît particulièrement élevé en France (usage au cours du mois pour les 15- 24 ans : 19,8 % ) alors qu'à l'opposé les Pays-Bas occupent une place médiane (12,2 %). Rappelons qu'aux Pays-Bas la vente du cannabis est licite et règlementée… La lecture des statistique permet de dégager l'idée force que, plus que la législation ce sont les réseaux de relations nouées entre les jeunes qui déterminent le choix de consommation du cannabis dans la mesure où les pratiques d'un adolescent s'avèrent très proches de ses pairs.

C'est sur cette représentation de l'usage du cannabis qu'il apparaît surtout utile de jouer. Une proposition en ce sens pourrait être la promotion d'une "clean attitude" , d'un comportement  non pollué, à l'égard de l'alcool, du tabac et du cannabis, dont des groupes de jeunes pourraient certainement être promoteurs ( jeunes sportifs et leur encadrement, scolaire, associatif ; jeunes engagés dans le scoutisme, dans le service civique, dans des actions sociales, humanitaires, syndicales, politiques…). Un relais dans la promotion de cette éthique devrait être pris par les médias, dont l'influence n'est plus à démontrer !

Quant à une éventuelle décision de "véritable réglementation du commerce du cannabis avec contrôle strict de l'Etat", il apparaît qu'elle rencontrerait de nombreux obstacles :

- psychologiques au niveau de la société française, qui n'a pas été amenée à une réflexion pragmatique à ce sujet, entre autres par les médias ;

- pratiques dans les modalités de la réglementation et de la vente, particulièrement complexes, dans l'expérience hollandaise par exemple…

Mais est-ce une justification de la"politique" de fuite en avant actuelle ? Ne serait-il pas utile qu'un dossier faisant état de ces informations, et menant la réflexion pragmatique sur le sujet qui s'impose, soit publié dans Le Monde, un dossier équilibré et argumenté du type "Contre-Enquête" ?

Jean-Claude Gabilan est professeur émérite de pédiatrie.



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Washington D.C. autorise l'usage thérapeutique de la marijuana
LEMONDE.FR | 05.05.10 |

a municipalité de Washington, siège de l'administration fédérale américaine, a autorisé mardi 4 mai, l'usage thérapeutique de la marijuana pour certaines maladies chroniques comme le sida, le cancer, la sclérose en plaques ou le glaucome. Le District de Columbia rejoint quatorze Etats américains qui autorisent déjà l'emploi du cannabis médical.

Alors que la loi fédérale américaine interdit toujours la consommation de marijuana, la ville de Washington va ouvrir entre cinq et huit dispensaires chargés d'en procurer aux malades ayant obtenu une ordonnance adéquate. Les patients les plus pauvres auront droit à des subventions, mais il ne sera pas autorisé de faire pousser sa propre "herbe".

"C'est une victoire historique", commente le Marijuana Policy Project, groupe de pression en faveur de la légalisation du cannabis, sur son blog.

Alors que la Californie l'a autorisé il y a déjà quatorze ans, le Washington Post se fait l'écho des doutes de médecins de Washington quant à l'usage de cette drogue. "Habitués à prescrire des médicaments dosés au milligramme, l'usage médical de la marijuana leur pose une énigme toute particulière." En réalité, explique le journal, même dans les Etats où l'usage thérapeutique est autorisé, les médecins ne peuvent pas rédiger d'ordonnance pour du cannabis mais une simple recommandation. Un point qui, selon le Washington Post, freine les ardeurs des médecins, qui préféreraient mieux contrôler les usages de leurs patients.

Cette nouvelle loi, doit encore être signée par le maire de la ville, Adrian Fenty, et ne pourra entrer en vigueur avant une période de trente jours pour permettre au Congrès de l'examiner.


Le Monde.fr